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Post mortem : Dix créateurs repensent l’urne funéraire.
Post mortem
Dix créateurs repensent l’urne funéraire.
Bettina Tschumi, le 13 juillet 2009
La mort et la violence sont omniprésentes dans les médias et dans nos distractions, des jeux aux films en passant par les livres, la bande dessinée etc. Pourtant, nous évitons le contact direct avec les morts, avec ces corps sans vie qui nous embarrassent, dont nous ne savons que faire et qui nous renvoient à notre propre fragilité. D’un continent à l’autre, d’une époque à une autre, nos manoeuvres de diversion varient : ritualisation appuyée – noyer le défunt sous le poids de l’ornementation autour de sa mort - ou au contraire, rapport aseptisé et dépersonnalisé : le faire disparaître physiquement, le disperser aux quatre vents ou placer ses restes dans un lieu distant de notre regard direct. Que penser alors du regain d’intérêt que suscite la crémation, usage en vigueur chez les Etrusques et les Romains en Occident, avant qu’il ne soit condamné et interdit par l’Eglise catholique qui édicte la mise en terre comme règle unique ?

Hubert Crevoisier, urne funéraire, 2007-2008, verre soufflé et métal_Glasseworks
Hubert Crevoisier, urne funéraire, 2007-2008, verre soufflé et métal_Glasseworks
 
Il y a bien sûr les arguments généraux et extra personnels, qui avancent la sur-occupation des cimetières et la cherté des espaces qu’on y réserve longtemps à l’avance. Ce genre de motifs, bien pragmatiques, est peut-être en partie à l’origine de la popularité de la crémation en Suisse ou aux Pays-Bas, par rapport à d’autres pays d’Europe tels la France ou l’Italie. En effet, le terrain propre à l’enterrement y est plus rare que dans d’autres lieux, que ce soit pour des questions de superficie et de relief, ou pour une question de typologie géologique – les polders néerlandais, durement gagnés sur la mer du Nord, ne sont pas les meilleurs endroits pour ce faire. Une affaire de religion aussi : la catholique réprouve cet usage alors que la réformée la tolère1; or, tant la France que l’Italie restent très marquées par leur culture catholique romaine.

Jean-Michel Othoniel, urne funéraire, 2008-2009, verre soufflé_Glassworks
Jean-Michel Othoniel, urne funéraire, 2008-2009, verre soufflé_Glassworks
 
Mais n’y a-t-il pas, au-delà de ces considérations prosaïques, la mise au jour d’un rapport aux morts d’une nature différente ? Et, pour parler des urnes, le fait que certains choisissent de les garder auprès d’eux, pour un temps au moins, ne pourrait-il pas nous indiquer l’existence d’une conception renouvelée du rapport à nos morts ? L’ambition de la présentation de Post mortem. Dix créateurs repensent l’urne funéraire, n’est pas de répondre à ces interrogations de manière éthique et religieuse, mais bien plutôt d’explorer au moyen de l’objet la façon dont la création s’empare de la crémation. L’approche sera-t-elle frontale, explicite comme celle de Pierre Charpin (en 1ère page), qui donne une forme humaine et vaguement inquiétante à ses deux urnes, ainsi qu’une taille différenciée – enfant, adulte – qui dit sans détour son usage ? Symbolique et baroque, comme celle de Jean-Michel Othoniel, qui place des gouttes de verre sur le corps de l’urne, censées recueillir les larmes de ceux qui font leur deuil ? Ou comme celle d’Hubert Crevoisier, qui a conçu une urne composée de deux parties jointes en leur milieu, à l’image du couple, de la fratrie ou de tout lien entre deux personnes proches ? Allusion au couple également chez Mathieu Lehanneur, qui joue sur plusieurs niveaux de référence. Les deux urnes identiques ont une forme stylisée rappelant des têtes surmontées d’un chapeau melon anglais, qui par sa rondeur sympathique dédramatise le propos.

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