Siegfried De Buck : Créateur de bijoux et orfèvre
Siegfried De Buck
Créateur de bijoux et orfèvre
MGB, le 12 octobre 2009
Siegfried De Buck a eu 60 ans en août 2009. A cette occasion, le Design museum Gent présente un aperçu de son oeuvre.

“En 2009, Siegfried De Buck, créateur de bijoux et d’objets utilitaires, est un des seuls dont l’activité esthétique se situe au-delà de la cadence et de la violence économique ”, déclara Koen van Synghel lors de la remise du “Henry Van De Velde Award pour la carrière” au printemps 2009.

On se doutait assez rapidement que Siegfried De Buck (° 1949) choisirait un jour une profession artistique. A l’âge de 12 ans, il avait déjà le sens esthétique très développé. Le fait qu’il soit finalement devenu créateur de bijoux était plutôt dû à un concours de circonstances.  Son père l’envoie à l’école abbatiale de Maredsous. En 1964, il part pour l’École des Métiers d’Arts, IATA,  afin d’y suivre la formation d’orfèvre. Le dépassement de l’aspect décoratif et le sens de la construction y sont stimulés.


Siegfried De Buck/Necklace, 2002_Didier Verriest.
Siegfried De Buck/Necklace, 2002_Didier Verriest.


Bien que la formation mette l’accent sur l’orfèvrerie, Siegfried De Buck joue avec l’idée de poursuivre une formation de créateur de bijoux et c’est en 1968 qu’il rejoint l’Académie des Beaux-Arts, Strasbourg (FR). En 1971,  Siegfried De Buck s’établit en qualité de créateur indépendant à Gand en compagnie de son épouse Hermine De Groeve et de ses trois enfants Isolde, Helmut et Pearl.  Il y expérimente par ses propres moyens des techniques et des matériaux non conventionnels. La formation technique approfondie qu’il a reçue à Maredsous lui est utile pour l’affinement et l’élaboration artistique. Dans ses créations, il ne se perd pas en éléments décoratifs mais il se limite à l’essence. Il crée des bijoux puissants caractérisés par un langage visuel clair et personnel.


Siegfried De Buck/Ring Babel.
Siegfried De Buck/Ring Babel.


Au milieu des années 1970, Siegfried De Buck s’intéresse à d’autres matériaux que les métaux nobles. Le design des bijoux de cette époque est étayé par le choix des matériaux. Au début des années 80, il poursuit ses expériences sur des nouveaux matériaux et utilise du caoutchouc noir, du crin d’éléphant, du plexiglas et de l’acier. Ces bijoux témoignent d’une énorme maîtrise de diverses techniques. La totalité de son œuvre se caractérise d’ailleurs par un degré de finition élevé. En 1982, au cours de Lineart, il se fait remarquer grâce à son Pavillon des Bijoux, une construction ayant la forme d’une de ses bagues, notamment la bague “Pavillon” en caoutchouc et or. Dans le pavillon, il expose neuf bijoux ainsi que les hologrammes de ceux-ci. Il y montre aussi une projection dias de ces créations. En 1985, Siegfried De Buck relève le défi de réaliser une sculpture dont un de ses pendentifs constitue la base. Le bijou Pendentif X30 voit le jour et est acheté par le Ministère de la Culture.

Siegfried De Buck/Ring Twin Peaks, 2009_Didier Verriest
Siegfried De Buck/Ring Twin Peaks, 2009_Didier Verriest


Au courant des années 1990, l’acier noble le fascine toujours et il aime combiner ce matériau avec de l’or. Un savoir-faire énorme est nécessaire pour obtenir la bonne forme, le contraste optimal et la finition souhaitée. Dans tous les cas, il s’agit toujours d’une pièce unique.  Par contre, pour la remarquable “série Spina”, il réduit l’usage des matériaux à de l’or pur. D’une manière subtile,  le corps fait office de source d’inspiration. Ces œuvres sont caractérisées par des coques arrondies agencées de façon à réaliser des créations sensuelles et élégantes. Le Schmuckmuseum à Phorzheim (DE) a acheté une des bagues de cette série.

Siegfried De Buck/Ring and Necklace, 1981_Johan Schutte
Siegfried De Buck/Ring and Necklace, 1981_Johan Schutte


Et Siegfried De Buck continue de nous subjuguer. En ce début du 21ème siècle, chacune de ses créations porte aussi une histoire en soi. A cet effet, il fait appel à son énorme bagage culturel. Le contenu est transposé dans une forme. Le formel en soi ne l’intéresse pas.

Siegfried De Buck/Cane Wert-Zeichen, 2007_Koen Blanckaert.
Siegfried De Buck/Cane Wert-Zeichen, 2007_Koen Blanckaert.


En 1990, Siegfried De Buck se remet au travail d’orfèvre. Il est vrai que ce besoin grandit quelque peu en réaction à l’article intitulé “Requiem pour l’Argenterie Belge” qui avait été publié en 1988 dans la revue ‘Artisanat Créatif Belge’. Pour Siegfried De Buck, formé en qualité d’orfèvre, l’argent est un matériau très maniable. Vous pouvez le braser, le marteler, le laminer, toutes des techniques idéales pour créer des corps creux. Depuis le petit service à café élégant et fonctionnel de forme carénée qui lui a permis de participer à Interieur 90 en collaboration avec VIZO, une série interminable de créations ornent son palmarès : un théâtre de pralines, une tour de pralines, une “cafetière TGV”,”Tools for table”, “Un déjeuner princier pour deux”, une série de cannes, le trophée “Regatta” pour le club d’aviron de Gand ainsi qu’un brûle-parfum intitulé ”Warmed desire”. Bref, il est impossible de toutes les citer ici.

Siegfried De Buck/Table for Tools_Katrien van Hulle, 1998_Lieven Herreman
Siegfried De Buck/Table for Tools_Katrien van Hulle, 1998_Lieven Herreman


A l’occasion de l’exposition “Transit “ à Bruxelles en 2001, il se charge de la réalisation du court métrage intitulé ”L’œil de la canne”  en collaboration avec le cinéaste Lou Demeyere. Début 2009, il crée une statue en bronze d’une hauteur de six mètres intitulée “L’arbre des anneaux”. Siegfried De Buck, l’un des pionniers de l’orfèvrerie contemporaine en Belgique, est conscient du changement de la position sociale du créateur de bijoux-orfèvre, qui est également designer et en premier lieu un artiste contemporain. Il transmet ses idées à ce sujet – de la création d’objets à l’art conceptuel – ainsi que ses connaissances professionnelles en qualité d’artiste-bijoutier et orfèvre à ses étudiants et au cours de ses nombreux cours qu’il donne en qualité de professeur invité en Belgique et à l’étranger.

Siegfried De Buck/Teapot TGV (unique piece), 1998_Koen Blanckaert.
Siegfried De Buck/Teapot TGV (unique piece), 1998_Koen Blanckaert.


La façon dont un concept voit le jour n’est pas toujours claire, même pas pour le créateur même. Le plus important, c’est qu’il prend forme. Chacun des objets est non seulement une création issue de son imagination mais est également réalisé par ses soins avec énormément d’amour et d’une manière extrêmement professionnelle et perfectionniste.

“Je travaille de manière assez chaotique, j’assimile plein de choses, recherche l’essence et les stocke dans mon cerveau jusqu’au moment où j’en ai besoin”, déclare Siegfried De Buck.

design.museum.gent.be