Andy Warhol : WARHOL TV
Andy Warhol
WARHOL TV
Judith Benhamou-Huet + Julie Martinez, le 23 mars 2009
Question posée à Andy Warhol : « Comment définissez-vous la télévision ? » Réponse : « Des imprimés en mouvement ».

Andy Warhol, le pape du Pop a toujours été fasciné par la télévision. Un moyen de communication contemporain et massif. Un outil idéal de promotion artistique, de promotion sociale, de promotion. Son grand rêve est d’avoir une émission de télé à lui. Un programme qu’il contrôlerait mais encore qui lui donnerait l’occasion de contrôler son image. Dès 1964 il imite un soap opera, auquel il adjoint de vraies « réclames ». Au début des années 70, il joue à créer des sortes de télénovelas, résumé de son univers esthétique et fantaisiste. En 1979 il réunit autour de lui une petite équipe qui va se charger de créer des programmes télé qui seront diffusés sur le tout nouveau câble new-yorkais. Avec entre autres, Vincent Fremont, Don Munroe et Sue Etkin, ils vont imaginer Fashion, talk show dédié à la mode puis Andy Warhol’s TV, une téléréalité version Factory avant de produire le fameux Andy Warhol’s fifteen minutes qui reprend son illustre phrase sur la célébrité.


WARHOL TV/Andy Warhol, and Andy Warhol with his team. From left to right- Don Munroe, Vincent Fremont, Jay Shriver, Sue Etkin. New York, 1985. Photographer- Christopher Makos
WARHOL TV/Andy Warhol, and Andy Warhol with his team. From left to right- Don Munroe, Vincent Fremont, Jay Shriver, Sue Etkin. New York, 1985. Photographer- Christopher Makos


Cette exposition est un zapping géant dans l’univers télévisuel de Warhol. Un voyage dans les obsessions de l’artiste. Ses fascinations, ses amours, ses surprises et ses craintes. En 1987, la télédiffusion de son oraison funèbre clôt tragiquement l’histoire de celui qui voulait apparaître à l’écran, on air, comme on dit outre Atlantique. La télévision de Warhol est certainement le seul sujet encore inexploré chez l’artiste briseur de tabous dans le monde de l’art. L’exposition Warhol TV propose d’éclairer une facette encore peu explorée de l’oeuvre de cet artiste phare du XXe siècle qui a été sensible à toutes les formes d’expression de son temps et a marqué de son empreinte la création télévisuelle américaine dans les années 1970 et 1980. Surtout connu pour ses représentations des icônes de l’Amérique moderne, comme les célèbres boîtes de Campbell Soup, ou les portraits de Marylin Monroe, Andy Warhol (1928-1987) a entrepris dès les années 1960, de saisir l’image de son temps à travers le dessin, la peinture, la sérigraphie, la photographie, l’archivage, les publications, l’enregistrement audio, le film ou encore la vidéo.

WARHOL TV/Jean-Michel Basquiat, vers 1984 - Andy Warhol
WARHOL TV/Jean-Michel Basquiat, vers 1984 - Andy Warhol


Ancré dans « la société du spectacle » qui le fascinait, et résolu à dissoudre la frontière qui sépare culture savante et culture populaire, il fonde en 1969 la revue Inter/VIEW, consacrée aux célébrités et à la mode. Par son ton – uniquement des entretiens avec des personnalités – et par son graphisme, Inter/VIEW marquera profondément les années 1970 et sera le prototype de ses émissions télé.

WARHOL TV/Andy Warhol et David Hockney, 1981 - Andy Warhol.
WARHOL TV/Andy Warhol et David Hockney, 1981 - Andy Warhol.


Obsédé par la télévision depuis les années 1950, comme le confirme son journal intime – son célèbre Diary –, Warhol se tourne en 1973 tout naturellement vers ce medium de masse par excellence pour en faire le vecteur de ses obsessions. Pour Warhol la télévision est le moyen idéal de donner un prolongement à Inter/VIEW : poursuivre le procédé de l’interview et rendre compte de la diversité des pratiques artistiques qui se développent alors, tant dans le domaine des arts plastiques et du cinéma, que de la musique ou de la mode, mais aussi élargir son audience au plus grand nombre et introduire l’instantanéité qui manquait à la version papier. C’est à travers la production télévisuelle de Warhol que l’exposition tentera de dresser un portrait de l’artiste.


WARHOL TV/Andy Warhol face à Duchamp pour une prise de vue, 1966 - Photographe_Nat Finkelstein.
WARHOL TV/Andy Warhol face à Duchamp pour une prise de vue, 1966 - Photographe_Nat Finkelstein.


Entretien ((extraits du catalogue) avec Vincent Fremont, producteur de toutes les émissions de télé de Warhol. Propos recueillis par Judith Benhamou-Huet.

Les débuts

Vincent Fremont  :  Andy ne désirait pas faire de l’art avec la télévision. Il séparait la production qu’on pourrait qualifier depurement artistique et le reste. Pour les débuts de la télévision l’idée consistait à explorer l’idée du «Soap opera ». C’est ce qui a donné Phoney. Il croyait à la télévision. Andy était un américain par excellence et la télévision est un phénomène américain par excellence. Dans un premier temps, en 1969, il a créé le magazine Interview qui était dédié au cinéma puis l’a ouvert à la mode. Interview était un magazine particulièrement créatif.

WARHOL TV/Andy Warhol's TV [episode 9], 1983. Pictured- Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, 2009
WARHOL TV/Andy Warhol's TV [episode 9], 1983. Pictured- Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, 2009


Andy warhol et son image

V.F.: Son image à la télévision : Andy n’en parlait pas. Nous étions les seuls à pouvoir le filmer. C’est dans ce cadre seulement qu’il se sentait à l’aise. Et puis on faisait aussi des reportages sur des gens qui venaient à l’atelier. Il avait le désir de contrôler son image. […] Pour esquiver les réponses il utilise l’humour. En fait, il était arrivé dans le passé qu’une fois, sur un plateau télé lors d’une émission à laquelle il participait en même temps qu’Elisabeth Taylor, il perde tous ses moyens. Il avait oublié tout son texte. Il ne voulait pas que cela se reproduise. En face d’une caméra étrangère, il pouvait tout oublier. En face de sa propre caméra, il était de mieux en mieux.

WARHOL TV/Autoportrait avec Bianca Jagger - Andy Warhol
WARHOL TV/Autoportrait avec Bianca Jagger - Andy Warhol


WARHOL TV/TDK, commercial, 1982 - Andy Warhol
WARHOL TV/TDK, commercial, 1982 - Andy Warhol


TV Team

V.F.: Lorsqu’il a demandé qu’on se penche vraiment sur la question d’une production télé, je suis allé chercher Don Munroe. Nous avions des moyens très restreints. On faisait tout à la fois. Moi j’étais producteur des émissions, mais je conduisais aussi le van. Dans notre équipe il y avait aussi une artiste, Sue Etkin. Nous voulions créer un « real tv show ». Nous avons mis en place le système technique. Nous étions en moyenne cinq personnes fixes à travailler sur le sujet, avec des aides ponctuelles.

Fashion

V.F.: Andy avait toujours été fasciné par la mode. Pour l’émission « Fashion » il voulait consacrer une demi-heure à une personnalité de ce monde-là. Il mettait une horloge en face de lui et conversait pendant une demi-heure. Mais assez rapidement, on s’est rendu compte qu’il fallait élargir nos centres d’intérêt.


WARHOL TV/Debbie Harry, 1980 - Andy Warhol
WARHOL TV/Debbie Harry, 1980 - Andy Warhol


Fifteen minutes

V.F.: Le titre de « Warhol fifteen minutes » a été donné par Don Munroe en référence à la célèbre phrase de Warhol : « à l’avenir tout le monde aura ses 15 minutes de célébrité ». J’ai ajouté. « Faisons cependant une émission de 30 minutes et on verra si les gamins voient la différence ». Pour les émissions « Warhol fifteen minutes » il n’assistait pas toujours aux tournages. Il faisait les introductions. Il était devenu vraiment bon mais ne faisait toujours pas de télé en live. De manière générale, pour les programmes télé il changeait souvent d’avis. Il regardait une première fois ce que nous avions fait, cela le satisfaisait et trois jours plus tard demandait qu’on change ce qu’il avait accepté plus tôt.


WARHOL TV/Chris Stein et Debbie Harry, 1982 - Andy Warhol
WARHOL TV/Chris Stein et Debbie Harry, 1982 - Andy Warhol


The cars

V.F.: Nous avons réalisé le clip « The cars » pour MTV. Il y joue un serveur. Il adorait les jeunes. C’est d’ailleurs lui qui a fait le casting de tous les personnages. [le clip sera présenté dans l’exposition]

Love Boat

V.F.: Son passage dans Love Boat a été pour lui un plaisir, je pense. Il adorait jouer son propre personnage. [l’épisode sera présenté dans l’exposition] documenter Les enregistrements, les vidéos, les polaroïds, la télé… C’était une manière de « documenter » son monde. Andy aimait « documenter » les choses. Nous avions un réseau d’informations. Don Munroe savait dénicher des talents tels que Marc Jacobs. Pour Cindy Sherman, je me rappelle qu’elle vivait à Fulton street près du Fish market. Je n’arrive pas à me souvenir comment nous avons fait connaissance. En fait, si Andy vous faisait confiance, il vous laissait complètement faire les choses.

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