Salle de spectacle Dolbeau-Mistassini : Mise en scène théâtrale de l’architecture contemporaine
Salle de spectacle Dolbeau-Mistassini
Mise en scène théâtrale de l’architecture contemporaine
Nathalie Roy, Les points saisis + Paul Laurendeau, le 19 janvier 2009
Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Du 10 au 13 octobre dernier, la Ville de Dolbeau-Mistassini, municipalité située au nord du Saguenay - Lac-Saint-Jean, inaugurait avec éclat la nouvelle salle de spectacle Desjardins - Maria-Chapdelaine, le résultat de 30 ans d’efforts de Dolmissois désireux de doter leur ville d’un lieu de diffusion culturel. Une salle longtemps désirée. La plupart des billets se sont envolés en septembre, avant l’ouverture, informe Audrey Jobin, la directrice générale du Comité des spectacles de Dolbeau-Mistassini : « Nous ignorons pour le moment l’impact qu’aura la salle au-delà de la région. Mais l’achalandage est incroyable. Les gens qui l’ont visité se sont "arrachés" des billets… Déjà 13 spectacles sur 23 sont complets, toutes catégories confondues. C’est du jamais vu ! »

Projet lauréat d’un concours organisé par la municipalité en 2005, et auquel 30 firmes d’architecture québécoises ont participé, ce nouveau pôle culturel a été réalisé par le consortium d’architecture formé de Paul Laurendeau architecte et de Jodoin Lamarre Pratte et associés architectes.


Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Le bâtiment construit remplit une fonction double : une salle de spectacle de 491 places à l’italienne et un foyer servant aussi d’espace événementiel qui peut accueillir 400 personnes. De plus, le Comité des spectacles est logé à la bonne enseigne, ses bureaux administratifs sont situés derrière la façade vitrée avant, à l’étage.

Du côté est du bâtiment, une cour extérieure, entre les loges des artistes (salon vert), la masse cubique abritant l’imposant foyer et le bâtiment adjacent recyclé, a été aménagée en jardin, unifiant du coup des contraires : l’ancien et le nouveau, l’horizontal et le vertical, la zone privée lumineuse et conviviale (loges des artistes) et la zone publique sombre et plus monumentale (le foyer).


Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Outre les volumes formels à la simplicité géométrique, les lignes fluides sont dénuées d’artifice, les ouvertures sont symétriques et les matériaux sobres, tels l’acier et le verre - des éléments caractéristiques de l’imprimatur Paul Laurendeau - l’architecte insiste sur la primauté de la forme : « C’est un aspect fort négligé en architecture, nous n’en discutons pas assez. Les différentes disciplines doivent se subordonner à l’architecture et non l’inverse.  À priori, je ne me suis pas demandé [pour le plafond de la salle] si une surface horizontale allait fonctionner au niveau acoustique ! Nous avons créé un volume puissant… les paramètres acoustiques ont ensuite été intégrés, et de façon très satisfaisante. »

Aller au théâtre est déjà inoubliable en soi. Entrer dans la salle de spectacle Desjardins - Maria-Chapdelaine, c’est s’immiscer dans un univers fabuleux dont il nous tarde d’appréhender les mystères…


Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Architecture et théâtralité

À l’intérieur du bâtiment, un espace en dévoile un autre, formant une enfilade de pièces, comme des boîtes chinoises que l’on aurait tirées par-devers soi : l’entrée mène au hall qui conduit au foyer, un grand espace noir symétrique et solennel aux larges baies vitrées et au bout duquel nous attendent, énigmatiques, de larges portes peintes en or. Derrière se trouve le cœur du bâtiment, la salle de spectacle, le lieu de tous les interdits... Les portes closes s’entrouvrent à peine que le spectacle se déroule déjà sous nos yeux … sur ce corridor circulaire vibrant d’un rouge éclatant. La théâtralité s’exprime avec grandeur et en toute liberté à l’intérieur également ; là, tout se joue, du damas au velours, du rouge au noir, à l’or et au cristal scintillant Swarovski du lustre. Tout témoigne de la magie du spectacle qui nous rappelle, sous ce ciel or circulaire, que le temps s’est bel et bien arrêté. Audrey Jobin confie au sujet de la salle : « C’est chaud, c’est feutré. À l’intérieur, nous nous sentons transportés ailleurs... »


Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Paul Laurendeau démontre un sens inné du drame. On sent la justesse et la force sans équivoque dans le propos d’affirmer la création architecturale comme théâtre à la fois flamboyant et intime : « Nous avons privilégié un théâtre à la forme cylindrique et aux balcons alignés et peu profonds (2 rangées) pour éviter qu’une mezzanine vienne casser l’espace [et interrompre le rythme], parce que la proximité des spectateurs et des artistes sur scène est essentielle. Tout comme il est primordial aussi que les spectateurs se sentent unis entre eux, dans l’espace qu’ils partagent. » C’est un plaisir aussi pour l’artiste sur scène de voir les  visages, de se sentir ainsi proche de son public.

Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Ingmar Bergman enseignait à ses élèves d’art dramatique qu’il fallait retenir avant tout non pas l’ivresse du théâtre mais ses exigences. Première « contingence » selon l’architecte : trouver des repères parmi les plus beaux théâtres, à travers l’histoire de l’architecture, pour appuyer ses propres idées. Deuxième contingence : livrer une salle et une scène dans les règles de l’art sinon plus. « Le volume compact de la salle permet une acoustique supérieure pour tous les spectateurs. Tous font partie du volume acoustique et de l’ambiance générale, » affirme Paul Laurendeau. Les lieux offrent évidemment de la technologie de pointe, satisfaisant aux exigences des productions d’envergure.

Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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« Tout d’abord, la conception d’une salle de spectacle réussie repose sur le travail d’équipe de tous les professionnels, » insiste Guy Desmarteaux de Go multimédia, scénographe conseil et aide à la programmation des systèmes multimédia. « Vous savez, en théâtre, entre la cage de scène et la salle, il y a forcément séparation. C’est la force de l’architecte de la faire disparaître… Ce qui me plaît le plus dans cette salle-ci c’est sa convivialité. Peu importe où l’on se trouve, partout, on sent cette proximité », ajoute-t-il.

Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Ayant consacré trois ans à étudier l’histoire de l’architecture de théâtres, à en visiter à travers le monde, à fouiller et à lire des livres, dont plusieurs rares que l’architecte s’est procuré, et dans lesquels il a vérifié ses hypothèses, Paul Laurendeau compte livrer le fruit de ses recherches exhaustives dans un projet d’édition d’un vade mecum sur l’architecture de ce théâtre, future source de référence technique et conceptuelle pour tout architecte.

Paul Laurendeau_Matthew Lipscomb
Paul Laurendeau_Matthew Lipscomb


Paul Laurendeau architecte_Profil

Paul Laurendeau a établit son agence d’architecture à Montréal en 1995, après quatre ans de stage professionnel à Londres et Paris. Ses projets soumis à des concours d’architecture nationaux et internationaux ont reçu plusieurs prix et mentions.

Son travail se démarque par la cohérence et la simplicité de l’agencement des espaces et par l’usage de formes géométriques élémentaires qui organisent la composition architecturale, jouant sur la proportion, le rythme et l’ordre dans lequel les pièces sont assemblées. Des surfaces comme le carré, le rectangle et le cercle sont juxtaposées selon les règles de symétrie et de répétition pour imposer une clarté, un sens et une mémoire à l’expérience architecturale.


Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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En 1991, son projet soumis pour le concours L’art de vivre en ville organisé par la Ville de Montréal pour inciter les banlieusards à revenir à Montréal remporte le deuxième prix. En 1997, il remporte le deuxième prix du concours Nouveau confort organisé par Hydro-Québec avec sa maison éco-énergétique pour sa simplicité et son efficacité. En 1998, dans le cadre d’un concours international pour un hôtel de 100 chambres dans un parc national en Argentine, sa proposition reçoit une mention du jury. En 2004, la ville de Portland organise un concours international d’architecture baptisé Living Smart pour développer un prototype de maison pour densifier la banlieue : 20 projets sont retenus dont celui de Paul Laurendeau pour sa forme compacte, conviviale et épurée.

Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Au Québec, il aménage en 2000 l’espace d’entraînement pour la Compagnie de théâtre Pol Pelletier dans un ancien espace cabaret. En 2001, il réalise l’aménagement de l’agence de communication et de design Fashionlab dans un espace conçu par l’illustre architecte québécois Ernest Cormier et remporte le Prix d’Excellence de l’OAQ 2003 pour sa sensibilité et sa mise en valeur du contexte existant. En 2004, il conçoit un espace d’exposition pour le SIDIM qui remporte le 1er prix du salon dans sa catégorie. Cette construction matérialise une recherche sur l’espace, suite à une bourse obtenue du Conseil des arts et des lettres du Québec.

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En 2004, Champ Libre confie à Paul Laurendeau la scénographie de l’événement Manifestation Internationale Vidéo et Art Électronique tenu dans l’ancien incinérateur des Carrières à Montréal. Ce projet est nominé finaliste aux Prix d’Excellence 2005 de l’OAQ pour la qualité de son organisation et des éclairages.

En consortium avec Jodoin Lamarre Pratte & associés architectes, il remporte le concours d’architecture pour la salle de spectacle de Dolbeau-Mistassini reconnu pour sa sobriété et les qualités spatiales inégalées. En 2006, ce projet remporte le 2006 Award of Excellence de la revue Canadian Architect. Inauguré en octobre 2008, ce projet a reçu les plus hauts éloges de la critique, des citoyens et des artistes qui y ont performé.


Paul Laurendeau_Jodoin Lamarre Pratte_architectes en consortium_Marc Gibert_adecom.ca
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Parmi ses réalisations actuelles, une maison unifamiliale cubique en panneaux de fibrociment aux hauts volumes et aux axes symétriques est présentement en construction, ainsi que l’ajout d’un édicule contemporain sur le toit d’un immeuble historique dans le Vieux-Montréal.

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Salle de spectacle Desjardins / Maria-Chapdelaine_Fiche technique

Client : Ville de Dolbeau-Mistassini
Budget : 9.1 millions de dollars CAN
Architectes : Paul Laurendeau / Jodoin Lamarre Pratte / architectes en consortium
Conception : Paul Laurendeau
Chargés de projet : Paul Laurendeau / Marc Laurendeau / Denis Gaudreault
Scénographie : Go multimedia
Acoustique : Legault & Davidson
Ingénieur structure : Dessau Soprin
Ingénieur mécanique : Roche ltée, Groupe-conseil
Signalétique : Uniform
Entrepreneur général : Constructions Unibec Inc.

www.paullaurendeau.com