Alessandro Mendini : Un panthiste de la vision
Alessandro Mendini
Un panthiste de la vision
G. T., le 8 décembre 2008
L'architecte Alessandro Mendini est né à Milan. Il a dirigé les revues " Casabella ", " Modo " et " Domus ". Des monographies en plusieurs langues ont été publiées 
sur son travail et sur celui fait avec l'agence Alchimia. Il est l'auteur d'objets, de meubles, de locaux, de tableaux, d'installations et d'édifices. Il collabore avec des sociétés internationales telles qu'Alessi, Philips, Cartier, Bisazza, Swatch, Hermés et Venini et est le conseiller de plusieurs industries, même en Extrême-Orient, pour la solution de leurs problèmes d'image et de design.
Il est membre honoraire de la Bezalel Academy of Arts and Design de Jérusalem. 


Il a remporté
le « Compasso d'Oro » pour le design en 1979 et en 1981,
il a été nommé " Chevalier des Arts et des Lettres " en France,
il a été décoré par l'Architectural League de New York
et a été nommé docteur honoris causa de l'école polytechnique de Milan.
Il a été professeur de design à la Hochschule für Angewandte Kunst 
de Vienne et est professeur honoraire à l'Academic Council of Guangzhou Academy of fine Arts en Chine. 
Ses ouvrages sont exposés dans différents musées et font partie de collections privées.

Alessandro Mendini_Ceramic vase
Alessandro Mendini_Ceramic vase


En 1989,
il a ouvert avec son frère Francesco, lui aussi architecte, l'Atelier Mendini à Milan, en projetant les établissements Alessi à Omegna,
la nouvelle piscine olympique à Trieste, 
quelques stations de métro, la restauration de la mairie à Naples, 
le Byblos Art Hotel-Villa Amistà à Vérone,
les nouveaux bureaux du Trend Group à Vicence en Italie, 
une tour à Hiroshima au Japon,
le musée de Groningen aux Pays-Bas, un quartier à Lugano en Suisse, 
l'immeuble pour les bureaux Madsack à Hanovre,
un édifice commercial à Lörrach en Allemagne 
et d'autres édifices en Europe et aux États-Unis. 


Il a réalisé des ouvrages dans plusieurs pays et est conseiller pour l'urbanisme dans quelques villes de Corée, où il est en train de projeter le nouveau parc des expositions de Séoul.

Alessandro Mendini/alessandro-mendini-geo-drip-coffee-maker
Alessandro Mendini/alessandro-mendini-geo-drip-coffee-maker


Une petite marche avec monsieur Alessandro Mendini...

Alessandro Mendini tarde sur les vastes thèmes de la décoration dans le projet, des alphabets de signes et de l'architecture signée par les archistars. Il en ressort l'idée d'un projet qui doit être, surtout aujourd'hui, de nouveau partagé et avec des traits nettement positifs et orientés vers le futur.

Alessandro Mendini_Groninger Museum
Alessandro Mendini_Groninger Museum


G.T.: Tu as toujours travaillé en ce sens avec un alphabet de signes, avec une certaine cohérence. Ils s'appliquent encore, tu les appliques encore, ils sont importants, fondamentaux...



A.M. : Oui, je travaille à l'aide d'alphabets de signes, ce qui veut dire que je simule, je fais semblant que le projet soit de la littérature. Alors je l'écris, je l'écris avec des signes qui représentent des faits esthétiques, des faits émotionnels, géométriques, de contenus. J'utilise en effet de nombreux alphabets qui se croisent et c'est ma façon de travailler. Ma façon de traiter le projet est liée au signe qui mène ensuite à la décoration. C'est comme si je mettais un roman au-dessus des objets. J'ai tendance à romancer les objets.





Alessandro Mendini/Alessandro Mendini_Fauteuil de Proust, 2001(designed en 1978)
Alessandro Mendini/Alessandro Mendini_Fauteuil de Proust, 2001(designed en 1978)


G.T.: En une époque qui semble avoir enterré les idéologies de référence, même celles conceptuelles - alors que les idées ont au contraire de plus en plus de succès, il y a un grand besoin d'idées - je voudrais demander à Alessandro Mendini quelle idée de projet peut-on avoir de nos jours ? Ces idéologies existent peut-être encore...




Alessandro Mendini : Il n'y a plus d'idéologies dans le sens indiqué sur le dictionnaire. Ce type de définition se réfère à une hypothèse utopique, liée à des contenus. Il y a certainement beaucoup d'idées mais il faut voir leur qualité et où elles mènent. Les idées sont parfois très mondaines, totalement éphémères et liées au besoin, au désir de transformation à tout prix. Un surplus d'idées excessives est donc selon moi une erreur.




G.T. : Voici une question qui en amène une autre. Tu t'es autrefois défini comme le " concepteur de revues " : si tu devais faire aujourd'hui une revue d'approfondissement sur le projet, comment la ferais-tu ? Je rappelle, pour ceux qui ne le savent pas, que tu as été le directeur de Modo, Casabella, Domus (pas nécessairement dans cet ordre) et d'autres revues même un peu plus expérimentales.




A.M. :
C'est vrai, les revues ont été pour moi un moment fondamental dans ma vie, qui a correspondu à des idéologies. Il s'agissait de revues idéologiques. Les revues maintenant ne sont plus idéologiques, ce sont des grands moyens d'information nécessaires et très utiles. J'en lis beaucoup mais disons que ce surcroît d'information devient un peu indigeste à la longue, on en a marre. La revue que je pourrais faire de nos jours n'existe pas. Je ne saurais plus la faire d'ailleurs parce que ça ne m'intéresse même pas. Si je devais toutefois en faire une, elle serait du genre holistique, c'est-à-dire qu'elle traiterait de faits allant au-delà du projet et qui tendent vers une espèce de panthéisme de la vision, au sens vraiment très large.






Alessandro Mendini/Design Museum_Mikiolone
Alessandro Mendini/Design Museum_Mikiolone


G.T. : Pour faire une petite précision, le journaliste Giorgio Bocca bien connu dans une interview récente avec le présentateur RAI Fabio Fazio a déclaré que ce n'est désormais plus l'éditeur mais la publicité qui fait les journaux, et donc la presse en général. Tu as beaucoup travaillé aussi avec les sociétés qui faisaient et font des campagnes de publicité sur ces revues. Quel rapport as-tu avec ces sociétés et quelle est la possibilité que ces " nouveaux éditeurs " peuvent donner à cet univers.


A.M. : La publicité dans notre métier, dans l'architecture et le design, est " très belle ". Il y a la rhétorique du beau, surtout pour la publicité des voitures. Les voitures tombent donc du ciel, elles sont hyper-brillantes et ne font que du bien





Alessandro Mendini/Groninger Museum
Alessandro Mendini/Groninger Museum


G.T. : Des volées d'oiseaux qui se forment...



A.M. : Qui se forment et désintègrent... les étoiles. Une rhétorique lourde et à la limite du risible. Le contact que j'ai eu avec les sociétés est totalement différent. Ça m'est arrivé de travailler avec des entreprises de grande qualité, qui font même des discours de type social, sur la qualité de la vie et des objets faisant partie du micro-environnement de l'homme.



G.T. : On revient un peu au vieil adage du design, une qualité pour tous, en un certain sens, même après être partis et revenus plusieurs fois.



A.M. : Oui, il y a un peu de ça aussi, c'est à la fois une aspiration et une chose oubliée. Les temps ne sont pas roses, en aucun sens.





Alessandro Mendini/Groninger Museum
Alessandro Mendini/Groninger Museum


G.T. : Une question sur la figure de l'auteur de projets. Je me rends compte que les grands maîtres, voire même quelques jeunes dans ce domaine, sont des solistes. Les jeunes auteurs de projets, tu en as formé beaucoup ici dans ton agence, ont en réalité tendance à s'associer. S'agit-il, selon toi, d'un problème de cohérence formelle, d'intolérance ou de refus de certaines cibles par rapport à d'autres auteurs de projets.



A.M. : Nous vivons une époque où certains peuvent se dire solistes et d'autres malheureusement solitaires car ce n'est pas une période de groupes. Les grands groupes ont existé, même au niveau des avant-gardes, par exemple le futurisme, mais aussi des néo avant-gardes, le groupe de Memphis ou d'Alchimia. Ces groupes ont disparu et tout s'est pulvérisé en évasions presque intimistes parce qu'il n'y a pas un terrain commun sur lequel trouver des idéals semblables. Une situation de ce genre peut peut-être, doit même, réapparaître maintenant. Elle réapparaîtra mais il n'y en a pas pour l'instant.





Alessandro Mendini/Bottle opener Anna G. by Alessandro Mendini for Alessi
Alessandro Mendini/Bottle opener Anna G. by Alessandro Mendini for Alessi


G.T. : Une prophétie du moment.

 Oui, une prophétie du moment.

 Par rapport à l'architecture qui a au contraire suscité l'intérêt du commun des mortels sur ces thèmes : tu as projeté des musées, des lieux publics et privés, tu vient de terminer un projet pour une nouvelle foire... Est-ce que c'est difficile par exemple de projeter un lieu comme une foire ? Tout le monde connaît les polémiques à propos de nouveaux quartiers d'exposition splendides qui se révèlent par la suite incomplets au niveau logistique.




A.M. : Il y a eu de très bons architectes, des archistars, au cours de la dernière décennie, qui montraient une virtuosité de la composition architecturale liée aux moyens électroniques de pointe, avec donc une haute technologie et une haute qualité sculpturale. Ces objets, catapultés dans un coin quelconque du monde, correspondent presque à un bombardement du sol et sont déracinés du contexte où ils s'insèrent. Il y a donc du bon et beaucoup de mauvais dans cette façon de concevoir l'architecture, au point qu'il y a des réactions ... par exemple le pavillon italien à la biennale d'architecture en cours et les autres faits qui se produisent dans le monde sont beaucoup plus liés au retour des cultures locales. Le grand parc des expositions que nous sommes en train de construire tout près de Séoul est quelque chose d'extrêmement compliqué, et cela aussi d'un point de vue économique, social et politique en Corée, qui a tous les problèmes que j'ai cités plus haut. C'est donc très difficile de le faire et de bien le faire.

Alessandro Mendini/Alessandro Mendini vase, for Zanotta
Alessandro Mendini/Alessandro Mendini vase, for Zanotta


G.T. : Entre projeter un musée, une foire ou récupérer un édifice post-industriel, etc., qu'est-ce qui t'a amusé le plus, que tu as fait plus volontiers ?




A.M. : Les choses que je fais avec le plus de transport sont celles qui ne sont pas réalisées, c'est-à-dire celles qui restent au niveau d'idées ou de rêves et qui contiennent beaucoup de choses.




Alessandro Mendini/seves-nlassblock
Alessandro Mendini/seves-nlassblock


G.T. : Un livre intitulé " Projet malheureux " est sorti il y a de nombreuses années. Il y a en réalité toujours une déclaration métaphysique, réelle, métaphorique ou d'hédonisme, et donc la recherche d'un certain bonheur, dans tes (ou vos) projets. Quel est le rapport entre le bonheur et le malheur dans un projet ?




A.M. : Je suis pessimiste par nature. Le terme en soi de projet indique toutefois déjà un certain optimisme. Il me semble de devoir donc l'être et mon optimisme oscille vers le tragi-comique. Il y a moyen de rire en faisant de l'humorisme. Entre l'objet marionnette et la façon liée à la conscience de ne vivre actuellement que de guerres, de tensions et de méchanceté et par conséquent d'être là en train de travailler... c'est difficile.




Alessandro Mendini_La poltrona di Proust
Alessandro Mendini_La poltrona di Proust


G.T. : Le projet est donc de travailler dans le difficile.



A.M. : En effet, nous travaillons vraiment dans le difficile !



G.T. : Merci Alessandro Mendini
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