RON MUECK + GUY BEN-NER : LA VRAIE VIE
RON MUECK + GUY BEN-NER
LA VRAIE VIE
Josée-Britanie Mallet, le 28 juillet 2008
Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) présente, à l’Espace Shawinigan, La vraie vie, une exposition qui met en vedette l’œuvre de deux figures importantes de l’art contemporain : le sculpteur de renommée internationale, Ron Mueck, et le vidéaste berlinois Guy Ben-Ner. Organisée par le MBAC et présentée par la Cité de l’énergie, l’exposition met en vedette six sculptures de Mueck et neuf œuvres de Ben-Ner, soit sept installations et vidéos et deux œuvres sur papier. En outre, une section importante de l’exposition montre les matériaux préparatoires de chaque artiste, y compris des croquis, des maquettes et des dessins de scénarimage. « La vraie vie fait suite à l’extraordinaire exposition de Ron Mueck, présentée au MBAC en 2007 et offre aux spectateurs canadiens la possibilité d’explorer plus en détail sa production », a indiqué le directeur du MBAC, Pierre Théberge. « En même temps, cette exposition permet de présenter les œuvres de Guy Ben-Ner qui, avec humour et sens critique, aborde les drames quotidiens de la vraie vie. »

Ron Mueck_A Girl_Une fille, 2006
Ron Mueck_A Girl_Une fille, 2006


Les remarquables sculptures hyper réalistes de Ron Mueck permettent au spectateur de revisiter le parcours de la vie, depuis la naissance jusqu’à la mort, alors que les vidéos « amateures » tendres et intimistes de Guy Ben-Ner s’attardent davantage au moment précis où la vie, et nos relations avec les autres, commencent. Mis ensemble, le travail de ces deux artistes crée dans La vraie vie un récit qui porte sur les contradictions, les défis et les possibilités créatrices de la condition humaine. Selon le conservateur adjoint de l’art contemporain du MBAC, Jonathan Shaughessy, « La vraie vie réunit deux artistes très différents, qui s’intéressent à une démarche directe, participative, à même de combler la distance entre l’expérience et notre réflexion sur celle-ci. Ron Mueck et Guy Ben-Ner ne s’éloignent pas de la ‘’vraie vie’’ - tant par leur procédé artistique que par le contenu de leurs œuvres, puisqu’ils cherchent à estomper la frontière entre l’art et le quotidien. »

Ron Mueck_Big Man
Ron Mueck_Big Man


Mueck et Ben-Ner s’inspirent tous deux du monde qui les entoure dans leur travail, y compris leur famille. Ainsi, celle de Ben-Ner est présente dans toutes ses vidéos, alors que les parents et les proches de Mueck servent souvent de modèles pour ses sculptures.

Ron Mueck_In Bed_Au lit, 2005
Ron Mueck_In Bed_Au lit, 2005


L’exactitude des sculptures hyperréalistes de Mueck est saisissante et ne laisse paraître aucune trace de la main de l’artiste, ce qui permet à chaque œuvre d’évoquer son registre psychologique - de la provocation à la stupéfaction à la tristesse - sans médiateur apparent. Les sculptures de l’artiste nous entraînent dans un voyage émotionnel de la naissance à la mort, mais constituent aussi une représentation explicite du problème existentiel de la condition humaine. L’aura qui émane de chaque sculpture est si puissante que l’objet semble exiger un dialogue avec le spectateur. Cet échange commence par la représentation crue de la naissance que procure Une fille (2006), cet énorme nouveau-né provocateur, et se termine par la confrontation réduite, mais puissante, au vieillissement et à la mort dans Vieille femme au lit (2000). Entre les deux, deux œuvres sur le quotidien - du banal à l’essentiel – dont Mère et enfant (2001-2003), qui capte l’échange des regards, inquisiteurs, fatigués, entre deux êtres encore reliés, mais soudain étrangers l’un à l’autre, Au lit (2005), une illustration à grande échelle de la mélancolie, et la Femme assise (1999), beaucoup plus petite, qui semble réfléchir à une vie presque terminée.

Guy Ben-Ner_Elia_Elia – L’histoire d’une petite autruche (image fixe tirée de la vidéo), 2003
Guy Ben-Ner_Elia_Elia – L’histoire d’une petite autruche (image fixe tirée de la vidéo), 2003


Ron Mueck_Seated woman_Femme assise, 1999
Ron Mueck_Seated woman_Femme assise, 1999


Ron Mueck_OldWoman_Vieille femme au lit, 2000
Ron Mueck_OldWoman_Vieille femme au lit, 2000


Les « vidéos amateures » de Guy Ben-Ner, apparemment improvisées, sont soigneusement construites et réalisées souvent sur plus d’une année, en raison des nombreuses heures de montage et des restrictions du travail avec des enfants. Le père travaillant avec sa femme et ses enfants est le commun dénominateur esthétique des œuvres de Ben-Ner depuis ses débuts. Ses récits sont des intrigues bien déterminées sur des concepts humains archétypaux comme l’amour et le mariage, le nécessaire et le refuge, le désir et la responsabilité. C’est dans les débuts du vaudeville que Ben-Ner trouve un modèle de sa dynamique familiale à l’écran, particulièrement dans la vie de Buster Keaton, que son père lançait d’un bout à l’autre de la scène. L’histoire de Keaton est l’une des inspirations du Garçon sauvage (2004), qui rend également hommage au film L’enfant sauvage de François Truffaut (1970). Dans la version de Ben-Ner, le fils de ce dernier, Amir, vit dans une grotte parmi des oiseaux, des lapins et d’autres animaux – dans la cuisine de son appartement à New York. L’artiste pose un piège à levier en carton, capture « le garçon sauvage » pour le « civiliser » et le nomme « Buster », qu’Amir incarne avec un enthousiasme communicatif.

Ron Mueck_Mother Child_Mère et enfant, 2001-2003
Ron Mueck_Mother Child_Mère et enfant, 2001-2003


Dans plusieurs de ses œuvres, Ben-Ner privilégie la construction manuelle. Dans Je te le donnerais si je le pouvais, mais je l’ai emprunté (2006-2007), il fabrique avec sa fille Elia et son garçon Amir un vélo à partir de ready-mades comme Roue de bicyclette (1913) de Duchamp et Tête de taureau (1943), la sculpture de Picasso composée d’une selle de vélo et d’un guidon. Associé au caractère artisanal des moyens de production, cet accent sur le fait main est l’un des aspects de sa promotion du « créé avec les moyens du bord » comme fondement accessible de l’apprentissage et la créativité. Le cinéma muet prend également une place importante dans l’œuvre de Ben-Ner. Il y a recours pour rendre hommage à cette forme d’art.

Guy Ben-Ner_Tree house_Trousse de cabane dans un arbre (sculpture et image fixe tirée de la vidéo), 2005
Guy Ben-Ner_Tree house_Trousse de cabane dans un arbre (sculpture et image fixe tirée de la vidéo), 2005


www.beaux-arts.ca