Michel Rojkind : Le rocker de l'architecture mexicaine
Michel Rojkind
Le rocker de l'architecture mexicaine
Bija Gutoff, le 15 octobre 2007
Michel Rojkind_Toronto Tower
Michel Rojkind_Toronto Tower


Michel Rojkind n'a pas encore 40 ans (il est né le 18 décembre 1969 à Mexico City) et il ne conçoit des bâtiments que depuis une dizaine d'années. Auparavant, il a été batteur de rock pendant une dizaine d'années, un parcours peu orthodoxe pour un architecte. Mais il ne lui a pas fallu longtemps pour se tailler une réputation internationale qui le place au cœur d'une grisante compétition. Depuis 2002, Michel Rojkind dirige à Mexico sa propre agence (rojkind arquitectos), reconnue en 2005 par le magazine Architectural Record comme l'une des dix meilleures agences "d'avant-garde" au monde. Il a à son actif une quinzaine de projets construits au Mexique, de nombreux projets en cours dans le monde entier et a été sélectionné dans des concours organisés au Canada et en Espagne.

Michel Rojkind_Toronto Tower
Michel Rojkind_Toronto Tower


Michel Rojkind_Toronto Tower
Michel Rojkind_Toronto Tower


Plus impressionnant encore : son agence figurait parmi les cinq agences, issues du monde entier, invitées à soumettre des idées pour un colossal projet de centre culturel au Moyen-Orient. "C'est vraiment un projet d'importance, reconnaît-il. Je suis invité à participer à des tas de concours, mais là, c'était différent à cause de l'ampleur du projet et du peu d'agences retenues. Les quatre autres sont des agences tentaculaires. Alors, le simple fait d'être admis dans ce cercle est un véritable honneur."

Michel Rojkind_Header
Michel Rojkind_Header


Michel Rojkind
Michel Rojkind


La mission était la suivante : concevoir un centre culturel, éducatif et commercial de près de 280 000 mètres carrés, pivot d'un plan de développement touristique à long terme. Le centre doit abriter un hôtel, des espaces d'exposition, une école d'architecture et de design, des salles de concert, des cinémas, un musée pour enfants, une bibliothèque, des bureaux, des restaurants et une mosquée. Cet espace polyvalent occupera un site spectaculaire sur le front de mer. Le projet de Michel Rojkind, créé sur Mac et présenté au client dans une vidéo montée avec Final Cut Pro, est à la fois contemporain et subtil. "J'ai été influencé par les tonalités sombres de la ville, explique-t-il, par les femmes portant le voile et, d'une manière générale, par l'idée de ce qui se cache derrière chaque chose. Je voulais qu'il se dégage une véritable homogénéité, comme si le projet sortait naturellement du désert."

Michel Rojkind_Ajman Marina
Michel Rojkind_Ajman Marina


Michel Rojkind_Ajma Marina
Michel Rojkind_Ajma Marina


Son approche consiste à diviser le centre en trois formes organiques se dressant tels des rochers. "Avec un projet d'une telle ampleur, précise Michel Rojkind, on s'attend à une impression de grande métropole, avec des bâtiments aux revêtements, aux couleurs et aux plans tape-à-l'œil."

Michel Rojkind_Ajman Marina
Michel Rojkind_Ajman Marina


Michel Rojkind_Ajman Marina
Michel Rojkind_Ajman Marina


Mais ce n'est pas ainsi que Michel Rojkind voit les choses. Il a élevé ses structures mégalithiques de façon à jeter de l'ombre sur les places situées en contrebas. Il a conçu, selon des procédés respectueux de l'environnement, des cours et des jardins suspendus thématiques. Enfin, il a enveloppé ses bâtiments de gaines aérées, créées en collaboration avec l'artiste contemporain Antonio Sánchez. "À partir des connaissances d'Antonio en matière de géométrie fractale appliquées à des motifs islamiques, explique Michel Rojkind, nous avons imaginé ces formes translucides flottantes, en béton précoulé. Elles semblent perforées et laissent abondamment pénétrer la lumière."

Michel Rojkind_Ajman Marina
Michel Rojkind_Ajman Marina


Michel Rojkind_Bosca Bar
Michel Rojkind_Bosca Bar


Alors qu'il s'acheminait vers une réussite somme toute classique, Michel Rojkind a fait machine arrière et bien réfléchi à ce qu'il souhaitait vraiment. "J'aurais pu rejoindre une grande agence d'architecture, dit-il avec un haussement d'épaules. Mais j'ai horreur d'être là où l'on m'attend." Du coup, il a choisi un chemin plus incertain et fondé sa propre agence, afin de concevoir des bâtiments à sa façon. "Pour moi, tout commence toujours avec le client, explique-t-il. En entrant dans mon bureau, ajoute-t-il en riant, on se croirait plutôt à la PJ de Mexico que dans une agence d'architecture."

Michel Rojkind_PR 34 House
Michel Rojkind_PR 34 House


Michel Rojkind_PR 34 House
Michel Rojkind_PR 34 House


Pour trouver l'inspiration, Michel Rojkind s'immerge dans la vie de ses clients. Il explore leur famille, leur carrière, leurs désirs et leurs centres d'intérêt. "Il s'agit de connaître la personne pour laquelle je travaille. Je veux savoir comment mari et femme se sont rencontrés, de quelle façon ils se projettent dans l'avenir, eux et leurs enfants, ce qui les fait avancer, etc. Tout cela influence la conception de la maison."

Michel Rojkind
Michel Rojkind


Actuellement, Michel Rojkind participe à l'exposition itinérante Open House du Vitra Design Museum, inaugurée l'année dernière à Essen (Allemagne) et à l'affiche à Pasadena depuis le mois de mars. La mission, qui consistait à imaginer la maison du futur, a inspiré 90 architectes du monde entier. Michel Rojkind était au nombre des douze finalistes.

Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


"J'ai décidé de m'intéresser au logement des personnes âgées, indique Michel Rojkind. Je crois qu'il faut réfléchir à un avenir où l'on pourra vivre et mourir chez soi. La population vieillit et les États n'auront pas les moyens de s'occuper de tous les anciens. Or, les gens ne veulent pas finir dans des maisons de retraite ou des hôpitaux. Il me semble nécessaire d'examiner des possibilités de mieux vieillir à domicile, avec l'aide de la médecine préventive et de la technologie. Pour ce concours, j'ai pensé à la façon dont ma grand-mère et ma mère ont vécu, à mon propre mode de vie et à ce qui attend mes enfants."

Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


Michel Rojkind comptait également parmi les six finalistes d'un concours international ayant recueilli quelque 600 candidatures pour un projet de tour résidentielle à Toronto. À cet immeuble de 60 étages réparti en 520 lots, il a donné ce qu'il appelle lui-même une allure organique. "J'ai essayé de rompre avec cette modulation névrotique toute droite, si répandue, de la structure. Mon projet présente une sorte de maillage extérieur, un exosquelette, qui crée un espace intérieur ouvert : aucune colonne ne vient ainsi contraindre l'aménagement des surfaces. Et l'extérieur ne laisse voir que cette ligne courbe et imprévisible."

Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


Depuis ses 18 ans (époque où il était batteur de rock et utilisait Digital Performer pour séquencer et échantillonner sur son PowerBook) à sa carrière actuelle (pour laquelle il utilise ArchiCAD et d'autres programmes sur son MacBook Pro 17 pouces avec un moniteur Cinema Display de 20 pouces), Michel Rojkind a toujours compté sur le Mac pour l'aider à concrétiser ses idées.

Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


En cela, comme pour le reste, il était à l'avant-garde. "Quand j'ai débuté, se rappelle-t-il, pas un architecte au Mexique n'utilisait le Mac pour la conception architecturale. Aujourd'hui, un nombre croissant d'entre eux sont des utilisateurs Apple. Personnellement, j'adore l'environnement Apple. Travailler sur un Mac, c'est tout ce que je demande."

Michel Rojkind_Falcon headquaters
Michel Rojkind_Falcon headquaters


Il trimballe volontiers son portable dans les conférences et les ateliers qu'il anime dans le monde entier et prend plaisir à convertir les non-initiés. "Dans un premier temps, dit-il en riant, je sors mon MacBook Pro et c'est la panique. On me demande : "Vous croyez que notre projecteur va fonctionner avec votre Mac ?" et je rétorque : "Bien sûr que oui !". Ou alors, on s'étonne : "Ah, vous utilisez un Mac ? Et qu'est-ce que vous faites tourner dessus ?" Je réponds : "tout ce qui me plaît !". J'adore briser les mythes."

Michel Rojkind_Hex Tower
Michel Rojkind_Hex Tower


Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center
Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center


De retour au bureau, il élabore ses projets à partir d'un mélange de croquis à la main, de modèles numériques et de maquettes physiques. Parfois, son agence crée des séquences virtuelles QuickTime simulant des objets et des espaces en 3D pour mieux communiquer à ses clients des concepts parfois osés ou difficiles à imaginer. Cet inconditionnel du Mac tient également à remettre quelques pendules à l'heure. "Certains pensent encore que le Mac manque de précision pour l'architecture. Qu'on peut certes l'utiliser pour le design et le graphisme, mais que pour la construction, il faut absolument un PC. Il a été prouvé que c'était totalement faux, insiste-t-il avec emphase. Le Mac est tout à fait précis. Pour imprimer mes plans, j'envoie directement les fichiers depuis mon Mac vers une imprimante 3D, et les résultats sont sidérants. Pas besoin d'une station de travail Silicon Graphics : le Mac est le meilleur matériel disponible."

Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center
Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center


Pour Michel Rojkind, les avantages de sa plate-forme favorite sont palpables. "J'utilise un tas de programmes à la fois, explique-t-il. Mes collègues qui travaillent sur PC n'ont pas les coudées aussi franches pour passer d'un programme à l'autre. Souvent, je travaille sur un bâtiment dans un logiciel 3D, puis je passe au logiciel de rendu, puis à Photoshop, et retour au logiciel 3D. Sur Mac, c'est toujours très rapide et très facile."

Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center
Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center


Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center
Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center


L'architecte apprécie également les capacités collaboratives de la plate-forme. "Quand je participe à un concours international, il arrive que je travaille avec une quarantaine de personnes dispersées dans le monde entier. Le Mac me permet d'échanger des informations via Skype, de correspondre par e-mail et d'utiliser Apple Remote Desktop et toute une série de logiciels. Cette souplesse nous permet de réaliser des travaux dans plusieurs pays à la fois."

Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center
Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center


Michel Rojkind insiste : la compatibilité, c'est essentiel en architecture. "Les gens me demandent : "si vous faites un croquis architectural sur votre Mac, comment allez-vous l'envoyer à votre ingénieur chargé du calcul des structures qui travaille sur PC ?" Je leur réponds que ça ne pose aucun problème. Le Mac s'en charge. J'ai convaincu tellement de gens de passer au Mac... Je suis définitivement accro au Mac. Je ne l'abandonnerais pour aucun autre système."

Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center
Michel Rojkind_Liverpool Contemporary Center


Dans chaque projet qu'il entreprend, Michel Rojkind s'engage corps et âme. "Si une conception ne m'emballe pas, dit-il, c'est que quelque chose ne va pas. Et si je ne n'arrive pas à m'imaginer utilisant l'espace que je conçois, je ne le présente pas." L'adhésion à ces principes permet au jeune architecte de rester fidèle à sa boussole intérieure, même si l'aiguille ne pointe pas toujours en direction du plus gros profit. "Je choisis de faire ce en quoi je crois réellement, dit-il simplement. Alors, créer une maison à colonnes romaines pour un client qui veut des colonnes romaines, juste pour l'argent, c'est une chose que je n'accepterai jamais." "J'en fais une affaire personnelle, conclut-il. Je préfèrerais revenir à la batterie plutôt que de faire une architecture qui me fasse honte."

Michel Rojkind_Ajman Marina
Michel Rojkind_Ajman Marina


www.rojkindarquitectos.com