Ingo Maurer : Maestro de la Lumière
Ingo Maurer
Maestro de la Lumière
Alexa Tepe, le 4 mai 2015
Ingo Maurer_L'Eclat Joyeux, Détails_Special version of Porca Miseria, 2005_Tom Vack
Ingo Maurer_L'Eclat Joyeux, Détails_Special version of Porca Miseria, 2005_Tom Vack


Aucun autre designer ne s’est consacré avec tant d’ardeur et de passion à la mise en forme de la lumière qu’Ingo Maurer (né en 1932). A ce jour, il a créé plus de 120 luminaires et systèmes lumineux différents, plongé de nombreuses expositions dans une atmosphère féerique grâce à ses installations, et il a mis en lumière avec grand art nombre de bâtiments officiels et de maisons privées.

Ingo Maurer_L'Eclat Joyeux_Special version of Porca Miseria, 2005_Tom Vack
Ingo Maurer_L'Eclat Joyeux_Special version of Porca Miseria, 2005_Tom Vack


Ingo Maurer_Subway Station Westfriedhof, 1998_Munich_Markus Tollhopf
Ingo Maurer_Subway Station Westfriedhof, 1998_Munich_Markus Tollhopf


Le facteur déclenchant dans la carrière de cet autodidacte a été sa fascination pour l’ampoule lumineuse en tant que "lien parfait entre la technique et la poésie". Le Pop-Art lui ayant donné des ailes, il créa Bulb (1966), un luminaire de bureau de la forme d’une ampoule géante, hommage à l’invention géniale d’Edison et devenu lui-même un classique depuis longtemps. Avec les créations qui suivirent, comme Nofuss (1969) ou Savoie (1979, avec Donato Savoie), d’une élégante simplicité, Maurer célébrait la sobre beauté de l’ampoule électrique dévoilée. Lucellino (1992), l’ampoule aux ailes d’ange en plumes d’oie, est devenue pour ainsi dire sa marque de fabrique.

Ingo Maurer_Symphonia Silenziosa, 2000_Thomas Dix
Ingo Maurer_Symphonia Silenziosa, 2000_Thomas Dix


Ingo Maurer_Licht.Enstein, 2001_Thomas Dix
Ingo Maurer_Licht.Enstein, 2001_Thomas Dix


Luxury Pure_Ingo Maurer and Team, 2004_Gold lacquered paper, aluminum_Tom Vack
Luxury Pure_Ingo Maurer and Team, 2004_Gold lacquered paper, aluminum_Tom Vack


Pourtant ce Munichois d’adoption n’est ni un minimaliste ni un dogmatique qui suivrait strictement une doctrine rigide des formes. Bien au contraire, les travaux de Maurer se caractérisent par une incroyable diversité. Le design est pour lui une science joyeuse pour laquelle il s’inspire souvent des objets de la vie quotidienne. Pour le luminaire de table BiBiBiBi (1982), il dénicha dans un supermarché des pattes d’oiseau en plastique rouge; Mozzkito (1996) repose sur une passoire à thé banale sur laquelle une lampe halogène a été adaptée et le lustre Porca Miseria ! (1994) évoque, avec son assemblage en débris de porcelaine blanche, une explosion de vaisselle dans un buffet.

Ingo Maurer_One Thousand and One Lights, 2006_Tom Vack
Ingo Maurer_One Thousand and One Lights, 2006_Tom Vack


Ingo Maurer_Bulb, 1966_Tom Vack
Ingo Maurer_Bulb, 1966_Tom Vack


Ingo Maurer_Kokoro, Dagmar Mombach and Team, 1998_Markus Tollhopf
Ingo Maurer_Kokoro, Dagmar Mombach and Team, 1998_Markus Tollhopf


Les luminaires en papier, en revanche, semblent plutôt réservés, bien que poétiques. Typographe de formation, Maurer a appris à apprécier ce matériau, comme filtre et réflecteur de la lumière, sur lequel il n’a cessé de travailler et d’expérimenter depuis les années 70. Le luminaire de table Lampampe (1980), avec son abat-jour et sa base de papier japon diaphane, et Zettel’Z (1997), protégé par de nombreuses feuilles blanches partiellement imprimées, que l’on peut transformer à sa guise, en témoignent. Les MaMo Nouchies (1998), une série de luminaires développés par Maurer (Ma) en collaboration avec Dagmar Mombacher (Mo), qui rappellent les Akaris d Isamu Nogushi (Nouchie) mais qui possèdent leur propre force de rayonnement, donnent un halo lumineux chaud et agréable. Les abat-jour imposants en papier plié sont fabriqués à la main suivant une technique japonaise traditionnelle de teinture des tissus. Ils nécessitent jusqu’à 8 étapes de fabrication.

Ingo Maurer & Dagman Mombach_Wo-Tum-Bu 1,2,3, 1998_Tom Vack
Ingo Maurer & Dagman Mombach_Wo-Tum-Bu 1,2,3, 1998_Tom Vack


Ingo Maurer_Tableaux Chinois, 1989_Rafaele Vergas
Ingo Maurer_Tableaux Chinois, 1989_Rafaele Vergas


Ingo Maurer_Golden Ribbon, détails, 2006_Tom Vack
Ingo Maurer_Golden Ribbon, détails, 2006_Tom Vack


Ingo Maurer_Golden Ribbon, 2006_Tom Vack
Ingo Maurer_Golden Ribbon, 2006_Tom Vack


Beaucoup de ces luminaires extraordinaires n’ont vu le jour que parce que Maurer ne se contente pas de les développer, mais parce que - fait exceptionnel dans l’univers du design - il les produit lui-même dans sa manufacture de Munich. Son propre service de développement, appelé en interne tout simplement la "designerie", permet à Maurer d’être souvent en avance sur son temps, tant dans la création que dans le domaine technique. C’est ainsi que l’entreprise a introduit en 1984 le système lumineux YaYaHo, basé sur la technique du bas voltage. Le long de deux câbles conducteurs tendus à travers la pièce il est possible de combiner à volonté des lampes halogènes, ce qui permet un maximum de flexibilité dans la réduction à l’essentiel. Le système Touchtronic, développé deux années plus tard par Hermann Kovacs pour la société Ingo Maurer, permet dorénavant de varier l’intensité lumineuse par simple effleurement.

Ingo Maurer & Sebastian Hepting_Delirium Yum, 2006_Tom Vack
Ingo Maurer & Sebastian Hepting_Delirium Yum, 2006_Tom Vack


Ingo Maurer_Don Quixote, 1989_Tom Vack
Ingo Maurer_Don Quixote, 1989_Tom Vack


Comme la lampe halogène, seulement utilisée auparavant pour les phares automobiles, a révolutionné le design des luminaires et envahi le secteur du logement, la technique des LED (diodes électroluminescentes) est peut-être celle de l’avenir. Car les diodes sont petites, robustes mais aussi extrêmement efficaces et ont une longue durée de vie. Une fois de plus, Ingo Maurer fut, avec La Bellissima Brutta (1997), parmi les premiers à reconnaître ce potentiel. La froide esthétique de Yoohoodoo (1999), de Stardust (2000) ou de El.E.Dee (2001) reflète le caractère expérimental de ce travail encore en évolution.

Ingo Maurer_Rose, Rose, on the Wall, 2006_Tom Vack
Ingo Maurer_Rose, Rose, on the Wall, 2006_Tom Vack


Ingo Maurer_Wo Bist du Edison, 1997_Tom Vack
Ingo Maurer_Wo Bist du Edison, 1997_Tom Vack


Ingo Maurer_Lucellino Wall Lamp, 1992_Nomi Baumgartl
Ingo Maurer_Lucellino Wall Lamp, 1992_Nomi Baumgartl


Depuis les années 90, Maurer, auquel le Museum of Modern Art (MoMa - New York) a consacré une exposition, développe de plus en plus souvent des concepts d’éclairage complets pour des clients privés et publics. Pour l’éclairage de la station de métro Westfriedhof à Munich (1998), il a créé des plafonniers en aluminium ayant la forme d’immenses coupoles argentées, dont les faces intérieures laquées de différentes couleurs confèrent à la lumière des nuances inimitables.

Ingo Maurer_Lucellino, 1992_Nomi Baumgartl
Ingo Maurer_Lucellino, 1992_Nomi Baumgartl


Ingo Maurer_Led Table, 2003_Tom Vack
Ingo Maurer_Led Table, 2003_Tom Vack


Auparavant, avec son ami Ron Arad, il avait illuminé l’Opéra de Tel Aviv (1994). Avec un firmament de petites voiles colorées qui paraissaient planer, Maurer a baigné un défilé de mode parisien de Issey Miyake d’une lumière envoûtante (1999). La même année, l’artiste de la lumière a fait rayonner le Showroom londonien du couturier sous un nuage animé de centaines de feuilles argentées qui reflétaient la lumière et se mettaient à clignoter au moindre souffle d’air. Ingo Maurer, qui a, entre autres, développé un projet pour l’aéroport de Toronto, a reçu le Design Excellence Award du Phildaphia Museum of Art. Il est également bénéficiaire de nombreuses autres distinctions.

Ingo Maurer_Hot Hot, 2006_Tom Vack
Ingo Maurer_Hot Hot, 2006_Tom Vack


Ingo Maurer_Design.El.E.Dee, 2001
Ingo Maurer_Design.El.E.Dee, 2001


Le Musée Cooper Hewitt lui consacre une exposition - Provoking Magic: Lighting of Ingo Maurer - pour souligner son apport remarquable dans le domaine du design industriel. Cette rétrospective qui célèbre le designer de luminaire Ingo Maurer présentera presque l’ensemble de quatre décennies de son remarquable travail. Maurer lui-même participera aux choix de pièces sélectionnées pour l'exposition, y compris les prototypes inédits, les lampes produites en série et les items uniques, aussi bien que des modèles, des photographies et des films documentant ses projets avant-gardites à travers le monde. Un point culminant de l'exposition sera  l’installation d'éclairage conçue par nul autre que Maurer lui-même, et spécifiquement pour Le Musée Cooper Hewitt.

Jusqu'au 27 janvier 2008

www.cooperhewitt.org

www.ingo-maurer.com