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L’architecture des Humeurs
Nouveaux modes d’agencement, de structuration et de transaction de l’architecture
David Edwards + Valérie Abrial, le 3 mai 2010
Architecture des Humeurs/R&Sie(n) - Matthieu Kavyrchine
Architecture des Humeurs/R&Sie(n) - Matthieu Kavyrchine
 
David Edwards : Votre travail en mathématiques appliquées concerne l’analyse numérique et, dans le contexte de votre travail ici, la création de formes « optimales » qui adhèrent aux certaines règles physiques et géométriques, comme pourrait être utile dans l’industrie aéronautique ou, évidemment, en architecture. Voyez-vous la valeur de votre travail dans un tel contexte pratique, ou dans un contexte purement intellectuel ?

François Jouve :
Les deux aspects ne sont pas incompatibles. La frontière entre les mathématiques dites “pures” et celles que l’on nomme “appliquées”, qui a été pendant longtemps très marquée, est en train de devenir plus floue. On voit aujourd’hui des domaines traditionnellement “purs”, comme la théorie des nombres, avoir des applications très concrètes, tandis que certains mathématiciens étiquetés comme “appliqués” s’intéressent à des sujets très éloignés des applications réelles. Pour ma part, je me suis toujours considéré comme un mathématicien appliqué partant du problème pratique pour développer des méthodes dont certaines sont issues de domaines très théoriques, et ensuite revenir à l’application. Mais toutes les démarches existent et sont possibles.

D.E. : Comment la rencontre avec François Roche a-t-elle été initiée?


F.J. : François avait vu sur internet des résultats de simulations numériques et de calculs de formes optimales que nous avions faits. Il avait trouvé ces formes suffi samment “monstrueuses” (je cite ses propres termes) pour être intéressé par la méthode qui permettait de les générer et prendre contact avec moi. J’ai bien aimé ce qualificatif.


Architecture des Humeurs/_Robots_Matthieu Kavyrchine
Architecture des Humeurs/_Robots_Matthieu Kavyrchine
 
D.E. : En quoi votre domaine de recherche pouvait l’intéresser dans ses propres recherches?

F.J. : Ce qui l’intéressait n’était pas vraiment mon domaine de recherche mais plutôt les formes qui en sont issues, dont certaines étaient finalement assez proches de celles qu’il avait utilisées dans une de ses précédentes expositions (“I’ve heard about”) en les créant par des techniques n’ayant absolument rien à voir avec les miennes.

D.E. : Aviez-vous collaboré auparavant avec un architecte ? N’y a-t-il pas un problème de langage professionnel ?


F.J. : Il s’agit de ma première collaboration avec un architecte et il a fallu bien entendu trouver un terrain commun pour pouvoir communiquer. J’ai travaillé dans le passé avec des médecins et j’ai une certaine habitude des problèmes de langage qui se posent quand deux disciplines assez éloignées se rencontrent. D’autant que les mathématiques sont souvent particulièrement difficiles à vulgariser. La grande différence dans cette aventure dans le milieu de l’architecture, par rapport aux autres collaborations que j’ai pu avoir, tient au but qui était fi xé. Traditionnellement, lorsqu’un mathématicien appliqué en vient à collaborer avec d’autres scientifiques, on attend de lui une modélisation d’un phénomène (physique, chimique, biologique ou autre) avec autant de richesse de détails qu’il est possible d’obtenir.

Et puis ensuite, lorsque cette modélisation est considérée comme satisfaisante, il doit résoudre (souvent avec l’aide d’un ordinateur) les équations qui en découlent afin de simuler le phénomène en question. Ici, le but étant purement “artistique”, le critère final n’était pas la finesse de la modélisation ou la fidélité du modèle par rapport à certains résultats expérimentaux, mais simplement un critère esthétique. Peu importe ce qu’il y a dans les équations, seule compte la forme obtenue. D’une certaine façon on revient à des questions que se posent pas mal de gens : lorsque l’on observe certaines structures naturelles comme la croissance des arbres par exemple, on retrouve des formes qui ressemblent manifestement à des formes optimales, ou plutôt des morceaux de structures que l’on rencontre parfois lorsque l’on fait des calculs d’optimisation de forme. On peut ainsi se dire que manifestement la nature “optimise” sans doute quelque chose. Mais quoi ? Il y a fi nalement peu de cas où l’on peut donner une réponse satisfaisante à cette question. Les résultats obtenus dans le cadre de cette exposition doivent amener à se faire le même genre de réfl exion : visiblement il y a un calcul d’optimisation là dessous mais on se demande bien quel est le critère qui a été optimisé.


Architecture des Humeurs/_Matthieu Kavyrchine
Architecture des Humeurs/_Matthieu Kavyrchine
 
D.E. : Comment avez-vous travaillé au quotidien avec François Roche?

F.J. :
On présente souvent les mathématiques comme un édifice solide et inébranlable, construit Pierre après pierre dans une démarche cohérente et inexorable. C’est en particulier l’image que donne l’enseignement secondaire et même supérieur de la discipline. Il est exact qu’un théorème démontré et juste reste juste “pour toujours”. Cela distingue les mathématiques de toutes les autres sciences : une théorie physique, par exemple, est souvent remise en cause par une autre théorie plus moderne et plus complète. Mais cette vision monolithique des mathématiques est désespérante. Elle est aussi fausse si l’on observe l’histoire des sciences. Les résultats que nous connaissons ont pour la plupart été le fruit de tâtonnement successifs et ne sont pas arrivés aussi linéairement qu’on nous le présente finalement. À notre très modeste niveau, nous avons aussi beaucoup fait d’allers et retours, tâtonné pour savoir l’un et l’autre ce que nous voulions et ce que nous pouvions.

D.E. : Vous aviez récemment donné un séminaire sur ce projet devant vos collègues à Jussieu. Quelle était leur réaction ?

F.J. :
Ce genre de sujet est un peu inhabituel dans le milieu des mathématiques, mais les gens sont en général assez friands d’applications qui sortent un peu de l’ordinaire. Ils ont été plus sceptiques lorsque je leur ai proposé de remplacer la tour Montparnasse par celle que je leur montrais à l’écran.


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