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LE NU
Dans l'art moderne canadien, 1920-1950
M.H.R., le 16 novembre 2009
Nu_Nude/Henry George Glyde, Elle était assise sur une colline dominant la ville, 1940_She Sat Upon A Hill Above the City, 1940_Gift-Don de Helen Collinson, 1981_Glenbow Museum, Calgary.
Nu_Nude/Henry George Glyde, Elle était assise sur une colline dominant la ville, 1940_She Sat Upon A Hill Above the City, 1940_Gift-Don de Helen Collinson, 1981_Glenbow Museum, Calgary.
 
Au Canada, le nu a évolué pour devenir un genre expérimental et rejoindre les idéaux du modernisme. Son caractère subversif s’affirmait à mesure que les explorations de l’imaginaire et de l’inconscient engendraient de nouvelles métaphores visuelles.

Pendant les années 1940, les artistes québécois puisent amplement dans ce monde intérieur et leur contribution nourrit les grands courants internationaux. Les corps qui émergent déstabilisent par leur étrangeté, leur attitude libertine ou leur mise en scène morbide. En 1948, les Automatistes publient le manifeste Refus global, portant une charge décisive contre les valeurs traditionnelles, l’immobilisme de la société et la dictature de la raison. Or, avant que leur chef, Borduas, se libère définitivement de la figuration pour embrasser l’abstraction, ses dernières œuvres se réfèrent à la nudité et sont fortement sexuées.


Nu_Nude/John Lyman, Jeune homme indolent, Indolent Youth about, vers 1922_MNBAQ, Québec
Nu_Nude/John Lyman, Jeune homme indolent, Indolent Youth about, vers 1922_MNBAQ, Québec
 
L’étude du nu, aussi appelée « académie », constituait un passage obligé dans la formation des artistes. Au Canada, les écoles d’art offraient depuis la fin du XIXe siècle des classes de dessin devant modèles vivants, ceux-ci étant généralement masculins et portant le pagne. Les étudiants trouvant cet enseignement insuffisant, ils le complétaient en organisant clandestinement des séances de pose avec des modèles véritablement nus.

Au-delà de l’exercice pédagogique, le nu d’atelier s’imposait comme genre à part entière. Il incarnait l’espace intime de la création. Certains artistes, comme Ernst Neuman et Pegi Nicol MacLeod, ont réalisé des autoportraits saisissants, sans pudeur, dans le dépouillement matériel et l’allégresse de la vie. Cependant, un nu n’est jamais banal et certaines œuvres ont choqué à l’époque. La censure a sévi devant la proximité des modèles et la crudité des corps sexués. Le réputé dessinateur Louis Muhlstock s’est révolté publiquement contre cette censure, proclamant le droit à la liberté d’expression.


Nu_Nude/Lionel LeMoine FitzGerald, Nu, Vers_Nude about  1929_Don en mémoire de Marjorie Brunton, Guyborough, Nova Scotia, 1999_Art Gallery of Nova Scotia, Halifax
Nu_Nude/Lionel LeMoine FitzGerald, Nu, Vers_Nude about 1929_Don en mémoire de Marjorie Brunton, Guyborough, Nova Scotia, 1999_Art Gallery of Nova Scotia, Halifax
 
Un monde sépare le « nu » de la « nudité ». En art, le nu correspond à un genre et on l’associe en général à un beau corps en santé, épanoui, remodelé par l’artiste dans une élévation de l’esprit. Quant à la nudité, elle désigne l’état de celle ou celui qui est dépouillé de ses vêtements et ce terme est en partie chargé du malaise que nous éprouvons devant une telle situation.

Les images de la nudité ont abondé entre 1920 et 1950, lorsque la culture populaire a commencé à s’imposer, notamment avec l’industrie du divertissement en pleine croissance. Dans cette fulgurante mouvance, la modernité désacralisait le vécu.

Ces profonds changements se reflètent dans l’art, qui resserre son rapport avec la réalité. Pour plusieurs artistes, la nudité permet d’exprimer une critique sociale et des visions progressistes. D’autres en profitent pour ironiser en offrant des spectacles irrévérencieux. L’aventure du nu moderne se caractérise aussi par le mélange des genres : la vie nocturne des cabarets et les scènes du quotidien côtoient les figures symboliques du grand art, incarnées dans des poses d’odalisque.

Les artistes de guerre ont bien documenté la participation canadienne aux deux conflits mondiaux qui ont marqué le XXe siècle. Leurs témoignages, aujourd’hui conservés au Musée canadien de la guerre, rendent compte non seulement de la dure existence des troupes au front, mais également d’épisodes de la vie militaire au quotidien.

Dans les services armés, la nudité crée un esprit de corps parmi des hommes provenant d’horizons différents et contribue à la cohésion des unités de combats. Le spectacle saisissant des hommes au bain, de C.W. Jefferys, célèbre la chair d’une manière sans précédent dans l’art canadien. Ces corps rappellent l’étude d’après modèle des ateliers académiques. Les effets de la force physique juvénile se mêlent à la vulnérabilité des hommes sous la surveillance d’observateurs vêtus, auxquels nous sommes inévitablement associés.

Pourtant, la guerre incite certains artistes à persister dans la représentation du nu féminin allongé pour dénoncer haut et fort l’indifférence au drame qui se joue en Europe et pour symboliser la déshumanisation de l’époque.

www.mnbaq.qc.ca

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