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Pierre Soulages
Peintre du noir et de la lumière
Hans-Ulrich Obrist + Cédric Moullier, le 8 avril 2013
Pierre Soulages/Eau-forte XIX, 1970
Pierre Soulages/Eau-forte XIX, 1970
 
H.-U.O. : Qu’est-ce qui vous touche, particulièrement, dans ces périodes ?

P.S. : En ce qui concerne la préhistoire, elle nous apparaît par vagues successives. On connaissait Pech Merle, Niaux. Puis sont apparus Lascaux, et maintenant Chauvet, à Vallon-Pont-d’Arc : avec ce dernier site, nous faisons un bond de trois cent quarante siècles en arrière ! Ces grands espaces peints m’ont donné un désir de liberté. Ces peintures s’imposaient à moi par la force de leur présence qui dépassait, et de loin, la volonté d’une représentation illusionniste – qui est allée jusqu’à l’étude de la perspective. On nous montrait tout cela comme un progrès, mais la présence de l’oeuvre s’éteignait au profit de ce qu’elle représentait. À ce recentrement visuel, je préférais l’ouverture. (…)

Pierre Soulages/Lithographie 21, 1969
Pierre Soulages/Lithographie 21, 1969
 
H.-U.O. : En matière d’architecture, quelles sont vos influences, justement ?

P.S. : Je connais un peu l’architecture contemporaine depuis le Bauhaus. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer Mies van der Rohe, à Chicago en 1957. Il avait choisi une de mes toiles pour un de ses élèves, Anderson Todd. Mais si l’on remonte un peu plus dans le temps, j’aime beaucoup Étienne-Louis Boullée, pour ses écrits et ses dessins, avec Ledoux et quelques autres, ils font partie des architectes utopistes. J’ai récemment reçu une carte postale d’un musée que Tadao Ando vient de réaliser, c’est un musée complètement souterrain. J’en ai visité un autre, à Miho, en partie souterrain, réalisé par I.M. Pei. Ils m’ont fait penser à ce qu’écrivait Boullée, je cite de mémoire : « Il faut que les parties qui dépassent de la surface du sol permettent d’imaginer ce que la terre dérobe au regard. » L’idée d’une architecture que l’on ne voit pas et que l’on imagine, ou que l’on devine, c’est magnifique. (…)

Pierre Soulages/Pierre Soulages_6 August 1956
Pierre Soulages/Pierre Soulages_6 August 1956
 
H.-U.O. : Quelle a été votre première exposition à l’étranger ?

P.S. : C’était en Allemagne en 1948. Nous étions une dizaine, j’étais aux côtés de Bott, Kupka, Domela, Herbin, Del Marle, Hartung, Schneider.

H.-U.O. : La fameuse affiche avec le brou de noix ? Encore une invention !

P.S. : Ou plutôt… une audace. À ma connaissance, personne ne l’avait employé avant. Son usage avec l’Arte Povera est devenu ensuite moins surprenant.

H.-U.O. : Le phénomène de l’invention m’intéresse au plus haut point. Lorsque j’ai interviewé Albert Hofmann, l’inventeur du LSD, il avait 100 ans, et il m’a dit se rappeler exactement du jour où il a fait sa découverte… Avez-vous un souvenir aussi précis en ce qui concerne l’invention de votre couleur noire ?

P.S. : Le noir utilisé ainsi, oui. C’était en 1979. J’étais en train de peindre. Ou plutôt… de rater une toile. Un grand barbouillis noir. J’étais malheureux, et comme je trouvais que c’était pur masochisme que de continuer si longuement, je suis allé dormir. Au réveil je suis allé voir la toile. J’ai vu que ce n’était plus le noir qui faisait vivre la toile mais le reflet de la lumière sur les surfaces noires. Sur les zones striées la lumière vibrait, et sur les zones plates tout était calme. Un nouvel espace : celui de la peinture n’est plus sur le mur, comme dans la tradition picturale byzantine, il n’est pas non plus derrière le mur, comme dans les tableaux perspectifs, il est désormais devant la toile, physiquement. La lumière vient du tableau vers moi, je suis dans le tableau. En outre, la lumière vient de la couleur qui est la plus grande absence de lumière. Je poursuis dans cette voie.

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