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Post mortem
Dix créateurs repensent l’urne funéraire.
Bettina Tschumi, le 13 juillet 2009
Elisabeth Garouste, Bouquet noir, urne funéraire, 2008-2009, verre soufflé_Glassworks
Elisabeth Garouste, Bouquet noir, urne funéraire, 2008-2009, verre soufflé_Glassworks
 
Par ailleurs, le designer place ses urnes sous cloche – les contenants protecteurs sont eux mêmes protégés et mis en vitrine, isolés sous une couche de plexiglas, un dispositif dont le sol est en marbre, le matériau éternel et mortuaire par excellence – une manière de signifier une mise à distance entre le monde extérieur et celui, figé et magnifié, qui est mis sous cloche ? Approche épurée et délicate à l’instar des propositions de Marie Garnier, qui propose deux urnes, l’une destinée aux cendres du défunt et l’autre, à accueillir ses souvenirs – textes, photos, vidéos, documents sonores - sous la forme d’une clé USB consultable en tout temps ? Cherchera-t-on à faire durer l’objet au-delà de la conservation des cendres une fois disséminées, ou déposées dans un columbarium, comme c’est le cas de Jean-Baptiste Sibertin-Blanc, qui fait jouer la lumière sur le verre coloré de son urne stylisée, afin de rappeler symboliquement à la vie les souvenirs liés à la personne disparue ?

Alexis Georgacopoulos, vase-urne funéraire, 2007-2008, verre soufflé_Glassworks
Alexis Georgacopoulos, vase-urne funéraire, 2007-2008, verre soufflé_Glassworks
 
Alexis Georgacopoulos imagine un vase contenant dont les deux parties s’imbriquent de façon à ce que la plus opaque en masque pudiquement le contenu. Le design minimal, la blancheur et la transparence évoquant la pureté et la lumière incarnent une vision lisse de l’urne, qui une fois vidée, peut parfaitement intégrer le logement sans s’imposer en tant que telle. D’une conception assez proche, l’urne de François Bauchet, simple cylindre ouvert à son sommet, semble inviter les cendres à se répandre naturellement dans un environnement à définir. Elisabeth Garrouste, quant à elle, conçoit une urne à l’aspect solide, à la fois assez brut et emprunte de mystère ; que sont ces sortes de bois sur son sommet, qui évoquent un lien fort avec la nature ? Marie Ducaté est la seule à proposer un prototype orienté sur le décès d’un animal – une démarche qui semble pourtant couler de source quand on pense au rôle de compagnon de vie qu’il peut assumer dans une existence de plus en plus solitaire telle que nous la vivons aujourd’hui.

Chaque démarche est unique et se révèle comme telle par son aspect formel et son intention; mais dans le cas précis de Post mortem. Dix créateurs repensent l’urne funéraire, elles ont pour point commun d’être composées de verre et d’avoir été réalisées par Matteo Gonet.


Pierre Charpin, urnes funéraires, 2007-2008, verre soufflé_Glassworks
Pierre Charpin, urnes funéraires, 2007-2008, verre soufflé_Glassworks
 
Pourquoi le verre ?

Depuis son origine et au moins depuis l’Antiquité, le verre a été formé en vases, en verres, en contenants de diverses espèces. Trois raisons principales l’expliquent. Tout d’abord, le soufflage à la canne d’une boule de verre lui imprime un vide – de la sphère compacte naît une forme creuse: circulaire, ovoïde ou autre, selon les désirs ou la forme du moule à l’intérieur duquel on le souffle, voire qu’on lui donne en utilisant pinces ou mailloches. De cette forme découle donc son usage: le verre contient et renferme. Enfin, il s’agit d’un matériau stabilisé, propice à conserver tout en protégeant par exemple des denrées périssables ou fragiles. Tout semble donc destiner le verre à être un matériau privilégié, du point de vue pratique, dans lequel réaliser des urnes funéraires, comme cela est d’ailleurs attesté déjà chez les Etrusques et les Romains.

Pourtant, l’intérêt du choix du verre va au-delà de ces considérations pragmatiques. Qu’évoque-t-il en effet, ce «liquide solidifié» selon sa définition chimique, qui n’est ni solide, ni liquide mais figé dans un état intermédiaire, telle une coulée de lave refroidie à température ambiante ?

Par ses propriétés très spécifiques, le verre joue sur une gamme d’effets allant de la transparence absolue au reflet du miroir (verre miroitant), en passant par tous les stades intermédiaires de la translucidité, c’est-à-dire d’un aspect où le verre laisse partiellement passer le regard. Sans être miroitant, il peut aussi être parfaitement opaque et prendre l’allure extérieure d’une céramique émaillée ou d’une surface laquée. Grâce à cela, il peut donc évoquer l’intimité et un certain secret autour de ce qu’il renferme – toutes propriétés importantes dans le contexte de la conservation des cendres du défunt, surtout quand elle a lieu à domicile.


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