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CARLO VALSECCHI : Lumen
CARLO VALSECCHI
Lumen
Nathalie Herschdorfer, le 4 mai 2009
Depuis une dizaine d’années, le photographe italien Carlo Valsecchi crée des oeuvres monumentales. Bien que ses photographies s’inscrivent en partie dans la tradition du paysage industriel développée par l’école allemande, il s’est frayé son propre chemin en créant des images fascinantes, qui flottent entre le documentaire et l’abstraction.

Travaillant à la chambre, Valsecchi poursuit une démarche photographique rigoureuse. Le traitement se caractérise par un soin particulier de la composition et du cadrage ; par des prises de vues toujours effectuées dans une lumière naturelle ; par de grands formats qui s’apparentent à des tableaux ; par un travail subtil de la couleur, souvent limité aux tons pastels ou tendant vers la monochromie. Ses images se distinguent par une technique photographique précise et traditionnelle – la technique argentique. L’optique est sa force, ainsi que la maîtrise des temps de pose qui se prolongent parfois jusqu’à une trentaine de minutes. L'atmosphère qui se dégage de ses photographies est ainsi le résultat de prises de vue remarquablement contrôlées.

Valsecchi construit son oeuvre en se confrontant au monde de l’industrie. Des séries majeures sont nées au sein de grands sites qu’il a pu visiter en Italie, en Argentine, au Mexique et dans divers pays européens. On y découvre une architecture monumentale faite de grues, de tubes, de câbles et de produits empilés, des laboratoires high-tech et les plaines de l’industrie agroalimentaire sud-américaine... Les paysages argentins affirment la qualité picturale de l’oeuvre. Comme les installations industrielles ou sidérurgiques, ces lieux présentent une monumentalité – ils dépassent l’humain – et sont à la fois archaïques et contemporains. Avec la série des fruits et légumes réalisée récemment en Ligurie, Valsecchi poursuit son exploration de l’industrialisation d’une nature domestiquée pour des besoins de rentabilité.

Dépassant l’approche documentaire, ses photographies renouvellent les genres traditionnels de la photographie industrielle, du paysage et de la nature morte. Elles appellent à la contemplation tant elles offrent des vues inattendues de lieux et d’objets pourtant bien réels.

Carlo Valsecchi Lumen/Campana, Buenos Aires, RA, 2005
Carlo Valsecchi Lumen/Campana, Buenos Aires, RA, 2005
 
MATIÈRES, COULEURS, LUMIÈRES ET AUTRES ARRANGEMENTS

« L'expérience n'est jamais limitée, et elle n'est jamais complète, c'est une sensibilité infinie, une sorte d'immense toile d'araignée faite des fils de soie les plus ténus, suspendus dans la chambre de la conscience, et qui retient dans sa trame tous les atomes flottant dans l'air. C'est l'atmosphère même de l'esprit. »

-Henry James, L’art de la fiction, 1884

La photographie s’est alliée depuis son invention à de nombreuses disciplines, et notamment aux domaines qui interprètent la nature et le monde. Les botanistes, les zoologistes, les médecins, les astronautes, les industriels, les scientifiques ont recours au médium. L’image leur permet d’interpréter. L’enregistrement photographique résulte ainsi d’une synthèse entre différents savoirs : l’histoire, la science, l’art, l’économie, la politique, la technique. L’industrie va jouer pour Carlo Valsecchi un rôle déterminant puisque l’oeuvre se nourrit du travail de commande. Dépassant l’approche documentaire, ses photographies renouvellent les genres traditionnels de la photographie industrielle et de paysage. Elles appellent à la contemplation tant elles offrent des vues inattendues de lieux pourtant bien réels. Il y a dans le travail de Valsecchi quelque chose de sensationnel et d’intrinsèquement complexe.

L’oeuvre s’étend sur une dizaine d’années. Travaillant à la chambre et au moyen format, Valsecchi poursuit une démarche photographique rigoureuse. Le traitement se caractérise par un soin particulier de la composition et du cadrage ; par des prises de vues toujours effectuées dans une lumière naturelle ; par de grands formats qui s’apparentent à des tableaux ; par un travail subtil de la couleur, souvent limitée aux tons pastels ou tendant vers la monochromie. Ses images se distinguent ainsi par une technique photographique précise et traditionnelle – la technique argentique. L’optique est sa force, ainsi que la maîtrise des temps de pose qui se prolongent parfois jusqu’à une trentaine de minutes. L'atmosphère qui se dégage de ses photographies est ainsi le résultat de prises de vue remarquablement contrôlées.

Dès 1996, année qui marque le début de sa carrière dans la photographie, Valsecchi montre une fascination pour le monde des machines et ses enchevêtrements de tuyaux. En obtenant l’autorisation de pénétrer à l’intérieur des industries – la commande étant le point de départ de chacune des séries – le photographe mène ses recherches artistiques avec le soutien de ses commanditaires. Ne se sentant pas entravé dans sa liberté de création, il construit son oeuvre personnelle en se confrontant au monde de l’usine, au coeur duquel il doit créer des conditions appropriées pour ses prises de vue. Des séries majeures sont ainsi créées pour le groupe Radici, la compagnie Tenaris, REA (Rifiuti, Energia, Ambiente) ou le groupe GF. S’éloignant d’un travail de documentation stricte, Valsecchi se sent libre de transformer l’objet photographié à sa guise.

Carlo Valsecchi Lumen/Castellarano, Reggio Emilla, IT, 2000
Carlo Valsecchi Lumen/Castellarano, Reggio Emilla, IT, 2000
 
Dans une conversation avec Javier Barreiro Cavestany, le photographe explique son attirance pour le monde de l’industrie, des « lieux [qui lui] appartiennent et auxquels [il] appartient. [...] Le chaos qui [le] remplit prend forme et devient cohérent, harmonieux ». 1 Valsecchi observe avec attention le processus productif des industries pour mieux comprendre l’énergie qui se dégage au cours de la production. Les lieux sont vastes. Pour le photographe, le rapport physique avec les machines est primordial. Cela lui permet d’établir un lien entre « la dimension physique et la dimension intellectuelle ».2 Valsecchi cherche à rendre visible le processus dynamique qui lie l’architecture, la machine et le produit. C’est pourquoi il choisit toujours de travailler dans des lieux de grandes dimensions – la sidérurgie, l’exploitation agricole, le centre de distribution – pour qu’il puisse se placer au coeur de la production, de la transformation de la matière en produit.

Valsecchi ressent toujours le besoin de s’immerger dans le contexte. En 2003, il suit la construction d’une usine d’incinération. Située à Bergame, l’usine appartient à la compagnie REA, du groupe Radici. Valsecchi conçoit son travail en étroite collaboration avec Fausto Radici, le propriétaire de cette entreprise chimique italienne active sur le plan international. Le propre de ce lieu est la construction d’un incinérateur à récupération d’énergie, un thermovalorisateur. Grand collectionneur d’art et convaincu de la synergie entre l’art et l’industrie, Fausto Radici souhaite que la photographie puisse rendre visible le processus d’incinération. Valsecchi en offre une extraordinaire interprétation avec ses images prises au coeur de l’usine. L’enchevêtrement des tuyaux, la complexité des machines occupent tout l’espace de l’image, sans laisser place au hors-champ. Plus tard, lorsque le photographe voyage pour le compte de la compagnie Tenaris, premier producteur italien de tubes en acier, sur ses sites italiens (TenarisDalmine), argentins (TenarisSiderca) et mexicains (TenarisTamsa), il scrute également l’environnement. Les usines nous éblouissent par leur architecture futuriste. Elles semblent posées dans des lieux improbables. La distance transforme les bâtiments en objets abstraits, « magnifiés ». Travaillant parfois de nuit, le photographe recherche les couleurs saturées. Les lignes irradient d’une explosive vélocité.

Fruits d’une commande, ces différentes séries proposent cependant des oeuvres autonomes dont la complexité visuelle, ainsi que le traitement de la lumière et des couleurs traduit précisément la singularité du photographe. Valsecchi montre le décor d’une société industrielle où la machine a pris le dessus sur l’homme. Lorsque l’industrie est saisie de l’intérieur, ce sont ses organes qui occupent le cadre. Le photographe nous confronte dans une sorte d’intériorité physique retranscrite dans une lumière légèrement altérée. On retrouve ces tons surexposés dans plusieurs séries, ainsi ce bras mécanique qui soulève les ordures, # 0148, Dalmine, Bergamo, IT. Les lieux capturés par de longs temps de pose irradient de lumière. Le photographe en fait des objets iconiques.

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