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The Space of Words
Hétérogénéité entre mots et espace
Christophe Gallois, le 20 avril 2009
The Space of Words/De Boer_Laurien 1996-2007_Jan Mot, Brussels
The Space of Words/De Boer_Laurien 1996-2007_Jan Mot, Brussels
 
Raymond Hains_Né en 1926 à Saint Brieuc. † 2005 (Paris).

Raymond Hains, « roi du calembour métaphysique », comme l’appela Iris Clert, dont la pensée n’a cessé « d’évoluer et de proliférer dans de gigantesques méandres analogiques », a développé tout au long de sa carrière de multiples stratégies pour déconstruire le langage, soustrayant, à première vue, son sens afin de l’enrichir de nouvelles significations. C’est à la fin des années 1940 que Hains expérimente pour la première fois un procédé de distorsion optique en photographiant des formes lumineuses et des objets à travers des plaques de verre cannelé. Ces expérimentations sont nommées « photographies hynagogniques », terme médical qui définit les états de pré-sommeil ou semi-sommeil, et notamment les hallucinations qu’ils génèrent. Elles aboutiront rapidement à l’invention d’une machine, appelée l’hypnagogoscope. Avec l’artiste Jacques de la Villeglé, Hains propose en 1953 au poète Camille Bryen l’« éclatement » de son poème Hépérile, devenant ainsi Hépérile éclaté. Bryen accueille le geste des deux artistes avec ces mots : « Vive le courant d’air de l’illisible, de l’inintelligible, de l’ouvert ! Aujourd’hui, grâce à Raymond Hains et Jacques de la Villeglé, les deux Christophe Colomb des ‘ultra-lettres’, voici le premier livre heureusement illisible… le premier poème à dé-lire. » Les six photographies Hépériles éclatés (1953) présentées ici sont des agrandissements des pages du livre, réalisés ultérieurement par l’artiste.

Les « affiches lacérées », prélevées telles quelles dans l’espace public, sont une autre méthode utilisée par Hains pour déconstruire le sens. La superposition des différentes couches d’affiches fait émerger une multitude d’associations et de significations nouvelles. Plusieurs de ces oeuvres incluent le support d’origine : Palissade (1976) a ainsi été prélevée en 1976 dans la clôture qui entourait le chantier du Centre Pompidou à Paris. Ce procédé amusait Hains d’autant plus qu’il pouvait renchérir ironiquement sur la déconstruction du sens avec le jeu de mots des « lapalissades ». C’est la même curiosité pour les signes du quotidien jouant avec les limites du sens qui a conduit Hains, avec Tags Boulevard Raspail (1994), à photographier les tags sur un rideau métallique de magasin alors qu’il préparait son exposition à la Fondation Cartier à Paris.


The Space of Words/Froment_De L’île à hélice à Ellis Island.
The Space of Words/Froment_De L’île à hélice à Ellis Island.
 
Harald Klingelhöller_Né en 1954 à Mettmann, vit à Düsseldorf et Karlsruhe.

Harald Klingelhöller utilise les lettres, les mots et les phrases comme des éléments sculpturaux, employant des matériaux qui vont du papier à l’acier en passant par le carton ou le plâtre. Les titres de ses oeuvres et les mots qu’il utilise dans ses sculptures sont issus de contextes variés : articles de presse, vers de poèmes, vocabulaire emprunté à la médecine, extraits de textes légaux ou juridiques. Klingelhöller se définit comme « un flâneur dans le langage », et les mots avec lesquels il travaille sont choisis pour leur « capacité à transposer le spectateur dans un espace différent ». Ses sculptures peuvent être comprises comme la transposition dans l’espace de différentes caractéristiques du langage, parmi lesquelles l’usage de la métaphore, l’intonation ou la prononciation. Un exemple de ce processus pourrait être l’application qu’il fait de la répétition : « La répétition est nécessaire, tout comme la variation. Il n’y a pas de mot original, pourquoi se concentrerait-on sur le concept d’originalité ? ».

Les deux oeuvres de la Collection Mudam présentées dans l’exposition s’intéressent à la déconstruction du langage. Les éléments qui composent 38 Teile in Form von 19 Zeichen für Tisch und 25 Buchstaben der Worte „Einmal im Leben” (1981) (38 pièces en forme de 19 signes pour table et 25 lettres des mots „une fois dans la vie”) rappellent la forme de caractères alphabétiques et peuvent être réagencés à chaque présentation de l’oeuvre. La spatialisation des lettres que propose Storm of Violence, Repeated (1995) (Tempête de violence, Répétée) s’accompagne de l’éclatement du sens. Jouant sur l’imbrication, à la limite de l’illisible, des lettres, l’oeuvre invite paradoxalement à une lecture détaillée de l’espace, proposant une multitude de significations selon le point de vue.

Häuser zwischen Häusern zwischen vergessenen Häusern, Schrankversion (Maisons entre maisons entre maisons oubliées, versions cabinet), Das Meer bei Ebbe geträumt, zweifach, Schrankversion (La mer rêvée à marée basse, deux fois, version cabinet) et Fenster durch Fenster gesehen, Schrankversion (Des fenêtres vues à travers des fenêtres, version cabinet) (2007) font partie d’une série d’oeuvres intitulée Schrankversionen. Ces oeuvres prennent la forme de sculptures murales en plâtre ou aluminium comportant des tiroirs à moitié ouverts dont la taille et la disposition évoquent le nombre et la longueur des mots qui composent le titre de chacune des pièces. Les tiroirs fonctionnent comme des espaces intermédiaires entre la sculpture et l’espace d’exposition à travers le langage : « Avec la série des Schrankversionen, on ne voit plus les lettres, mais on voit les cadres fournis par les mots, qui donnent la forme aux proportions des tiroirs. Il y a un glissement du détail au contour. C’est un écart de plus par rapport aux lettres mais ce n’est pas déconnecté du langage. »


The Space of Words/De Boer_Laurien 2007_Jan Mot, Brussels.
The Space of Words/De Boer_Laurien 2007_Jan Mot, Brussels.
 
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