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The Space of Words
Hétérogénéité entre mots et espace
Christophe Gallois, le 20 avril 2009
The Space of Words/De Boer_Laurien 2001_Jan Mot, Brussels
The Space of Words/De Boer_Laurien 2001_Jan Mot, Brussels
 
La Bio_Express des Artistes

Manon de Boer
_Née en 1966 à Kodaicanal, vit à Bruxelles.

« Je suis fascinée par l’observation du visage d’une personne absorbée par sa lecture, en train de jouer de la musique ou de réfléchir, car c’est souvent pendant ces moments-là que les gens, étant tellement concentrés sur une activité intérieure, oublient leur visage social’. Ce sont des moments pendant lesquels un espace mental se reflète sur le visage, comme une surface entre l’intérieur et l’extérieur. » Prenant le plus souvent la forme de films, les oeuvres de Manon de Boer ne suivent pas les conventions narratives filmiques. Elles proposent plutôt des points d’accès à des notions abstraites telles que le temps, l’espace mental ou la subjectivité. L’attention et la concentration de l’interprète, de l’acteur, de la personne enregistrée ou filmée, mais aussi celle du spectateur, sont ainsi au coeur de sa pratique.

Les films Laurien (1996–2007), Robert, June 1996 (1996) et Robert, September 2007 (2007) sont des portraits filmés, constitués de plans-séquences de la durée d’une pellicule super 8, le format original des oeuvres. Filmés à plusieurs moments sur une période de onze ans, les portraits se concentrent sur les visages des personnages plongés dans leur activité : Laurien est en pleine lecture, tandis que Robert joue de la guitare. Les oeuvres s’intéressent aux légers changements qui surviennent sur les visages, aux regards qui évoluent, aux gestes involontaires, à ceux qui révèlent l’état de concentration. L’absence de son accentue la construction d’un espace mental, et traduit une impossibilité de communication entre l’espace des personnes filmées et celui du regardeur.

Le même type d’écart se retrouve dans l’oeuvre sonore Switch (1998). Pour réaliser celle-ci, l’artiste a demandé à la chanteuse anglaise Alison Goldfrapp de répéter phonétiquement trois courts monologues dans des langues qu’elle ne parle pas, en néerlandais, en français et en espagnol. Ignorant la signification des mots qu’elle répète, Goldfrapp s’attache à reproduire les tons, les intonations et les rythmes, créant un simulacre de langue dénué de sens. L’auditeur, quant à lui, se plaît à reconnaître les sonorités des langues, à rechercher du sens dans ce qu’il entend, à y deviner des mots ou à s’attarder sur les écarts. Plaçant paradoxalement l’écoute au centre de l’oeuvre, Switch propose un état de déconnexion similaire à celui qu’on rencontre quand on est plongé dans un contexte dont on ne connaît pas la langue

The Space of Words/Gander_Felix Provides a Stage Again
The Space of Words/Gander_Felix Provides a Stage Again
 
Marcel Broodthaers_Né en 1924 à Bruxelles. † 1976 (Cologne).

Marcel Broodthaers, ayant auparavant exercé les activités de poète, libraire, journaliste et photographe, entra dans le monde de l’art avec un geste plein d’ironie : « Moi aussi, je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. Cela fait un moment déjà que je ne suis bon à rien. Je suis âgé de quarante ans. L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit. Et je me mis aussitôt au travail... », annonçait le carton d’invitation de sa première exposition. Y était notamment exposée Pense- Bête (1964), une oeuvre composée du solde d’invendus d’un recueil de poèmes qu’il avait publié l’année précédente, scellés dans du plâtre. Le livre était transformé en sculpture, « plastifié », en même temps qu’il était rendu illisible.

C’est un geste similaire que mettent en scène les douze plaques d’Un Coup de dés jamais n’abolira le hasard (1969). L’oeuvre est une appropriation du poème éponyme de Stéphane Mallarmé, auteur décrit par Broodthaers comme l’inventeur « de l’espace moderne et contemporain de l’art », dans lequel les mots sont disposés sur l’espace de la page, dessinant une constellation qui traduit les mouvements de la pensée. L’hommage que rend Broodthaers à Mallarmé consiste en un geste paradoxal de l’effacement des mots et de leur remplacement par des barres noires, accentuant ainsi la spatialisation du langage en même temps qu’elle en annule le sens. Cette question de l’effacement se retrouve dans La Pluie (projet pour un texte) (1969), un film 16mm dans lequel on voit l’artiste en train d’écrire à la plume, sous la pluie, un texte qui s’efface au fur et à mesure de son écriture.

L’installation Le Corbeau et le renard (1967-1972) est articulée autour de la projection d’un film sur un écran recouvert de lettres imprimées. Ces lettres correspondent à une section d’un poème que Broodthaers a écrit en relation à la fable de La Fontaine. Pour l’artiste, ce film constitue un « prolongement du langage » : « Mon film est un rébus qu’il faut avoir le désir de déchiffrer », nous dit-il. L’oeuvre a été conçue comme « une tentative de nier, autant que possible, le sens des mots comme celui des images ». Ce rapport complexe entre image et texte est également au centre de la double projection ABC - ABC Images (1974), composée de diapositives présentant différentes combinaisons entre des lettres et des images extraites d’un alphabet d’écolier.


The Space of Words/De Boer_Robert, September 2007, 2007_ Jan Mot, Brussels
The Space of Words/De Boer_Robert, September 2007, 2007_ Jan Mot, Brussels
 
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