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Hella Jongerius
Une conversation avec Hella Jongerius…
Louise Schouwenberg + Vitra M, le 26 août 2013
Hella Jongerius/Blossom lights
Hella Jongerius/Blossom lights
 
LS: La différence n’est peut-être qu’une question de style, les représentants du moderne aspirant à un design sobre et ceux du postmoderne à un style plus expressif ?

H.J.: Non, on ne peut pas dire cela comme ça. Les représentants du moderne avaient leur propre «écriture», leur propre style sobre, mais ils ont toujours étroitement associé cette sobriété avec ce qu’ils considéraient comme l’essence de leur profession. Ils avaient une philosophie. La fonctionnalité était leur thème central mais ils se posaient aussi la question de savoir si quelque chose était reproductible ou non, et au moyen de quelles ingénieuses inventions techniques cela pourrait s’effectuer.


Hella Jongerius/Poldersofa, 2005 Photographer_Allard van der Hoek
Hella Jongerius/Poldersofa, 2005 Photographer_Allard van der Hoek
 
LS: C’était cela leur valeur ajoutée. Ils voulaient créer des produits abordables qui fonctionnaient bien avec des méthodes de fabrication exprimant symboliquement leur foi dans le progrès. Pensez-vous que l’idée de valeur ajoutée a aujourd’hui une existence propre et qu’elle s’est complètement détachée de l’aspect fonctionnel de cette profession? Depuis la seconde moitié du 20e siècle, nous observons que les designers créent de plus en plus fréquemment des produits qu’ils essaient de promouvoir comme des œuvres d’art autonomes. Ils sont narratifs, conceptuels, esthétiques. Avons-nous perdu quelque chose ?

H.J.: Absolument. Le design doit aller de pair avec les besoins réels des utilisateurs mais aussi avec les possibilités de reproduction et de fabrication existantes. Je suis consciente de dire là quelque chose de dangereux. Ces dernières décennies, les consommateurs ont eu un appétit immense de bric-à-brac. Quand les gens ne s’entourent que d’objets jetables de ce genre, cela se répercute un jour ou l’autre sur la façon dont ils se sentent et sur ce qu’ils pensent d’eux-mêmes. Ils arrivent eux aussi à un tournant. En regardant autour de nous, nous voyons des gens qui se demandent ce qui est vraiment important et ce, dans tous les domaines. C’est ici que le design peut jouer un rôle majeur en exprimant une vision. Mais cette vision doit rester proche de l’utilisateur. Dans le design, il ne peut pas être uniquement question du besoin d’expression du designer. Cela ne mène finalement qu’à une impasse. Si, en tant que designer, on cherche trop à raconter sa propre histoire, on court le risque de devenir un artiste à qui il manque quelque chose.


Hella Jongerius
Hella Jongerius
 
LS: Parlons maintenant de la tendance aux éditions limitées qui trouvent aujourd’hui autant d’adeptes que de détracteurs. Il s’agit d’explosions de forme sauvages destinées à attirer l’attention des médias internationaux et à mettre designers et fabricants sous les feux de la rampe.

H.J.: Si l’on n’est pas obligé de s’interrompre pour réfléchir à la production en grandes séries, si tout ce que l’on a à faire consiste à produire des pièces uniques ou de petites éditions, on est libre d’expérimenter. On peut étudier des thèmes sans être limité par les contraintes des coûts de production ou de certains groupes-cible. C’est extrêmement important. En tant que designer, on doit pouvoir se retirer de temps en temps et recharger ses batteries. Mais certains designers ont imposé les éditions limitées comme une fin en soi et ne les ont pas uniquement utilisées comme étape expérimentale du processus de création. Il en résulte que des créations déjà existantes sont simplement produites avec des matériaux exagérément chers et qu’elles portent la signature du designer. 





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