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Hella Jongerius
Une conversation avec Hella Jongerius…
Louise Schouwenberg + Vitra M, le 26 août 2013
Hella Jongerius/ for Ikea_Gullspira
Hella Jongerius/ for Ikea_Gullspira
 
LS: Les théoriciens qui étudient la crise et ses conséquences pour l’avenir des designers sont d'avis que nous devrions opter pour des méthodes de production plus humaines et durables et rechercher des sites de production géographiquement plus proches. Par ailleurs, ils pensent que les designers devraient dissuader les consommateurs de considérer les produits comme objets jetables. Quel est votre avis sur cette question ?

H.J.: Je ne me suis jamais préoccupée explicitement du thème de la durabilité en tant que telle, du moins pas d'un point de vue écologique. Pour mes produits, j’ai toujours recherché la durabilité psychologique. Il est important à mes yeux que les gens entretiennent une relation avec les objets. L'utilisation de matières premières de qualité ne suffit pas pour atteindre cela. Elle est certes la condition indispensable pour un design de qualité, mais pas une garantie suffisante pour un revirement. Celui-ci ne peut être engendré que par de meilleures relations entre les hommes et les objets. Dès que les hommes sont en mesure d‘entretenir une relation raisonnable avec les objets, ils ont moins tendance à les jeter ou à les remplacer tout bonnement. En tant que designer j’ai une certaine responsabilité: je dois créer des produits dignes d'une estime.

LS: Donc des produits qui remplissent leur fonction de manière optimale ?


H.J.: Non, cela va bien plus loin. Les produits design doivent faire preuve d’une valeur ajoutée.


Hella Jongerius/For Ikea_Mikkel.
Hella Jongerius/For Ikea_Mikkel.
 
LS: Pourtant, en termes de fonctionnalité on peut formuler des critères de qualité très concrets, alors que la valeur ajoutée est plus difficile à comprendre. La valeur ajoutée peut devenir facilement le jouet des influences du marché et est ainsi prédisposé à des tentatives de manipulation et de tromperies. Au cours du 20e siècle, il était de plus en plus question, dans le monde du design, d’une valeur ajoutée difficile à définir, les médias et la communication ayant joué un rôle d’une importance croissante dans ce phénomène. Non pas les produits en eux-mêmes, mais l‘image qu’on en donnait dans les magazines chics, persuadèrent les consommateurs de leur attrait et de leur valeur marchande. Ceci, en revanche, se répercuta sur la production. Les médias exigèrent du designer des images fortes, emblématiques, et un style personnel clairement reconnaissable. Depuis quelques années cependant, cela ne suffit plus. Dans le design comme dans les arts plastiques, les hommes recherchent sérieusement un autre type de valeur ajoutée. On pourrait peut-être l‘appeler la valeur inhérente, une valeur ajoutée qui se retrouve dans la qualité physique des produits, des matériaux, de la fabrication, dans chaque détail. Ceci a engendré une étrange tension entre l’image trompeuse transmise par les médias et l’attrait physique du produit. Comment réagissez-vous à cette tension ?

H.J.: Pour moi, ce n’est pas si contradictoire. Mon travail se consacre presque exclusivement au processus de fabrication et à l’amour des matériaux et du détail. La création de mes produits dépend en fait de moi-même, ils ne naissent pas dans ma tête sous forme d’idée ou d’image. Bien sûr, je vis avec mon temps. Moi aussi, je veux créer une ligne clairement reconnaissable dans mon œuvre, trouver mon propre style. Bien sûr, je suis consciente de l’importance des images fortes mais tout cela est contenu dans le produit même, autant dans son concept de base que dans la manière de le réaliser et d’exécuter la finition. Avec la vaisselle que j’ai créée pour Nymphenburg, j’ai voulu souligner le travail artisanal, la gamme et la variété que cette entreprise représente traditionnellement. Ici, idée, aspect extérieur et production ne font qu’un. Chaque pièce fabriquée à la main fait pour ainsi dire partie de la gamme utilisée par le fabricant. Il en va de même pour le Polder Sofa. L’aspect extérieur de cette création exprime différents niveaux, diverses possibilités d’utilisation et reflète aussi le passé. On peut en avoir une approche très concrète grâce aux différents tissus, aux nuances de couleur, aux différentes textures et aussi aux vieux boutons que nous avons dénichés dans des brocantes ou dans des magasins d’occasion. 




Hella Jongerius/For Ikea_Pelle.
Hella Jongerius/For Ikea_Pelle.
 
LS: Les produits transmettent une histoire ou une idée et sont fabriqués avec le plus grand soin possible. Je pense que c’est une règle de base qui devrait valoir pour chaque design.

H.J.: C’est loin d’être aussi évident ou logique qu’il y paraît. Je sais qu’aujourd’hui de nombreuses entreprises ou designers parlent du «caractère narratif» du design. Parfois, il est même explicitement consigné, lors de la commande ou de l’étude du projet, que l’on souhaite un «design émotionnel». Ce sont des concepts creux qui ont pour effet de surestimer la valeur des choses. Cela ne signifie pas que cette approche, que nous avons commencée à étudier il y quinze ans, ne nous ait pas amenés à des conclusions importantes. Le design peut raconter une histoire. Le danger toutefois, c’est que l’histoire devienne plus importante que le produit. Là, les médias jouent un rôle fondamental. Un fossé s’est créé entre l’expérience du produit telle qu’elle est transmise par les médias et l’expérience directe, physique du produit. Pour beaucoup de produits de design, la représentation est plus importante que le produit lui-même.


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