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Champ de Vision
Damián Ortega Prise 2
Anna Hiddleston + Sinziana Ravini, le 18 octobre 2010
Anna Hiddleston + Sinziana Ravini : Parmi les artistes qui ont explicitement travaillé avec la politique des couleurs et de la perception, Jesús Rafael Soto, Yayoi Kusama, Bridget Riley, Yaacov Agam, Carlos Cruz-Diez, Helio Oiticica, duquel vous sentez-vous le plus proche, et pourquoi ?

Damián Ortega : Je citerai Oiticica en tout premier lieu, puisqu’il est celui que je considère le plus intéressant. Par exemple, avec Parangoles, il a tenté de générer un événement - un objet événement démystifié, dédramatisé et dé-ritualisé - ouvert à l’expérimentation et à la participation du corps. Ce travail relève plus d’une véritable expérience collective que de la représentation. J’aime Bridget Riley depuis mon enfance. L’immense plagiat dont a été victime son travail fait partie de mes souvenirs de jeunesse (pas en tant qu’oeuvre d’art, mais comme motif sur le sac de ma tante, l’emballage de mes cahiers d´école, etc. ). Le logo des Jeux Olympiques de Mexico de 1968 était une imitation de son travail. Goethe regardait à travers le prisme afin de pouvoir comprendre ce que voyait subjectivement son oeil. Il soulignait que la couleur ne découle pas simplement de la lumière, mais aussi de notre manière de la voir.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  De quelle théorie de la couleur vous sentez-vous le plus proche? Ou quelles sont vos sources d’inspiration scientifiques et théoriques ?

Damián Ortega : Selon moi, l’aspect le plus important de Champ de vision vient de notre perception de moments précis et de la manière dont ces moments sont déterminés par leur contexte au sens large. C’est un phénomène total. L’art n’est pas simplement un «objet », c’est aussi une «oeuvre», ce qui implique un système de relations. Dans ce système, l’objet cesse d’être quelque chose de déjà connu et devient un nouveau savoir. C’est là un phénomène complexe, qui ne peut être appréhendé selon les termes de la perception. Les choses ne sont pas figées, définies ou absolues. Elles existent de manière continue, et cela implique leur capacité de changement et, en même temps, la condition inévitable et imprévisible du changement .

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  Quel genre de sentiments désirez-vous provoquer avec votre art. Quels sont les voyages que l’ont peut entreprendre avec lui ?

Damián Ortega : Je voudrais provoquer chez d’autres personnes les mêmes sentiments que ceux que je ressens. Je veux travailler avec ce qui fait rire et ce qui enrage, les choses qui font peur ou rendent nostalgiques, qui donnent un sentiment d’héroïsme, voir même une attitude macho, vile et lâche. L’art sert à cela : à créer un champ de reconnaissance. L’oeuvre que je montre ici, je voudrais qu’elle soit perçue comme un espace éthéré, quelque chose de coloré, et en même temps contenu dans un espace limité, des centaines de modules flottant comme des atomes. J´imagine cela comme du gaz comprimé suspendu en l’air, formant une figure conique, comme un essaim d’abeilles : quelque chose de grand et de spatial.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  Vous avez transformé un grand nombre de symboles héroïques en des objets beaucoup plus prosaïques, ou déplacé des monuments comme, par exemple, Transportable Obelisk, 1996. L’échec semble être un élément central de votre travail. De quelle manière vos oeuvres récentes relèvent-elles de l’échec et de l´héroïsme? Quels risques êtes-vous prêt à prendre ?

Damián Ortega : L’obélisque est un symbole d’ancrage et aussi un point de référence. C’est un totem, situé au centre d’une ville, commémorant sa fondation ou un autre événement important. Cet élément irradie une énergie particulière qui souligne que l’obélisque est protégé et préservé; il délimite un territoire défendu par la tribu, tout s’organise autour de lui. Cette zone de contrôle génère un sentiment d’appartenance, de nation, de religion et elle rassemble les personnes dans son ombre, rejetant ceux qui sont hors de sa portée. Cet axe phallique détermine la hiérarchie de la tribu : ceux qui en sont proches en perçoivent les bénéfices, ceux qui en sont éloignés vivent dans l’erreur. Son ombre contient et dessine sa frontière.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  Que se passe-t-il si le monolithe est détaché, déplacé de son emplacement originel et déraciné comme une dent de sagesse ? Où va tout le système de valeurs et de hiérarchies ?

Damián Ortega : Je pense que le défi, dans l’art, est de faire ce que l’on veut vraiment faire et continuer à le faire malgré ce qu’en disent les autres, qu’ils vous critiquent ou vous encensent. Libre à chacun de relever ce défi.

www.centrepompidou.fr


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