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Champ de Vision : Damián Ortega Prise 2
Champ de Vision
Damián Ortega Prise 2
Anna Hiddleston + Sinziana Ravini, le 18 octobre 2010
Interview avec Damián Ortega…

Cet entretien a été mené sous la forme d’échanges d’emails pendant les mois de mai et de juin, entre Anna Hiddleston et Sinziana Ravini à Paris, et Damián Ortega à Berlin. Les questions ont été posées en anglais et les réponses données en espagnol et traduites en anglais par Carmen Cerveros à Mexico. L’entretien a été traduit de l’anglais en français par Micha Schischke.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini : Pouvez-vous nous décrire votre méthode de travail, l’utilisation du dessin ou des maquettes à échelle réduite, par exemple ? Comment vous viennent vos idées ?

Damián Ortega : Mes facultés d’abstraction ne sont pas particulièrement bonnes. J’ai besoin de dessiner, de voir et de faire les choses afin de pouvoir les comprendre. Les prototypes que je crée m’aident à être plus précis. Les idées sont comme des connexions électriques. D’une certaine manière, elles sont accidentelles, apparaissant comme des étincelles. Il y a des situations ou des expériences qui prennent de l´importance pour des raisons entièrement subjectives.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini : L’humour, le double-sens et les jeux de mots semblent être des éléments cruciaux dans votre travail. Vous avez commencé votre carrière en tant qu’auteur de bandes dessinées politiques. De quoi vous moquiez-vous à l´époque, et de quoi vous moquez-vous aujourd’hui ?

Damián Ortega : Le double-sens a une importance politique de premier plan au Mexique. Les jeux de mots génèrent de la complicité et créent des jugements sociaux. Ils apparaissent dans un climat et une tonalité si voilés et si drôles qu´ils passent le plus souvent inaperçus. Il y a des conspirations implicites mais secrètes dans certaines réponses, compréhensibles uniquement par un complice. Les doubles-sens sont naturellement très vulgaires, très sexuels et extrêmement machos . J’apprécie les blagues les plus pénibles – celles qui ne sont prononcées qu´entre amis et que personne d´autre ne peut comprendre. Ce sont celles qui racontent quelque chose de vrai et de camouflé, et qui se trouve soudainement mis en pleine lumière.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini : Souvent, vos photographies sont conçues en séries de trois ou quatre images. Ce mode d’expression vous convient-il ? Sinon, quelle est votre relation formelle avec le monde?

Damián Ortega :
Je suppose que le monde peut contenir autant de formes de croissance qu’il y a d’espèces sur terre. Je suis plutôt attiré par la progression lente et articulée, dans laquelle une chose en génère une autre, où des changements s’opèrent sans qu’on les remarque. Cette croissance ascendante en spirale - qui se ramifie comme une plante - est liée à ma conception de la narration, basée sur l’anecdote. La narration peut être accélérée mais elle n’en demeure pas moins une succession d’évènements. Acción/Reacción est un grand système de communication, tout comme chaque grain de sucre dans Conducción de energia, qui est une photo-séquence. La succession d´images en tant que technique narrative est très naturelle pour moi, depuis mon travail de créateur de bandes dessinées pour un journal. C’était intéressant de parler de politique autrement que d’un point de vue analytique. Ce genre de médium a un tel impact politique qu’il peut provoquer des réactions et des discussions publiques et avoir des répercussions politiques. Dans un journal, la politique est plus qu’une simple référence, elle est intrinsèque.

Damian Ortega/ Damian Ortega _cosmic thing
Damian Ortega/ Damian Ortega _cosmic thing
 
Anna Hiddleston + Sinziana Ravini : Dans votre installation, Champ de vision, pour l’Espace 315 du Centre Pompidou, le visiteur est invité à déambuler à travers des strates successives de sphères colorées transparentes, puis de se tourner et de regarder l’installation à travers une lentille, au travers de laquelle l’agencement des sphères forme un oeil. L’oeil est une image hautement symbolique dans l’histoire de l’art, la littérature et la photographie.

Damián Ortega : L’une de mes intentions est de souligner les zones de transition entre les espaces extérieur et intérieur. Je suis à la recherché de la zone intermédiaire ou du seuil où un objet devient une image en traversant l’oeil, avant d´intégrer l’espace subjectif de l’esprit. Cela est dedans et dehors, dans la fenêtre et dans le reflet de la lumière vers l’intérieur. Ces seuils dont je parle sont les espaces dans lesquels la réalité se transforme graduellement, jusqu’à ce qu’elle devienne un souvenir, une idée ou une image mentale.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  Vous démontrez que le spectateur est aussi le créateur car il détient la clef de l’image finale. Quel élément est plus intéressant à vos yeux: ce que voit le spectateur, ou le processus auquel il est soumis ?

Damián Ortega : Cela dépend du moment. Quand je crée une oeuvre, j’apprécie un certain flou et de faire des références parallèles avec ma propre expérience – ce qui est assez égoïste. Néanmoins, quand arrive le moment de la monter, c’est surtout l’autre élément qui me plaît - qui est tout aussi égoïste - lorsque l’objet remplit un espace et un volume physiques et que les gens interagissent avec lui. C’est très excitant. Avoir des idées est, d’une certaine manière, assez facile ; les réaliser, leur donner vie est la partie la plus ardue.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  Dans Spirit and Matter, 2004, vous évoquez l’idée de prendre ses distances vis-à-vis d’une expérience et d’en créer un souvenir. Vous expliquez que cette oeuvre offre deux points de vue. L’un est physique, le visiteur étant invité à déambuler à travers la structure, et l’autre est conceptuel, vu de l´extérieur où la structure forme les mots «Spirit and Matter». Cette notion peut-elle aussi s’appliquer au rôle que joue la lentille dans votre installation actuelle ?

Damián Ortega :
Champ de vision est une constellation, suspendue depuis le plafond de l’Espace 315, et autour de laquelle les visiteurs peuvent évoluer. C’est une forme semi-transparente que l’on peut pénétrer, faite de sphères aux couleurs primaires dispersées à travers l’espace. Mon intention est de permettre au visiteur, dès qu’il entre dans la salle d’exposition, de se sentir entièrement immergé dans la totalité de l’espace. Je veux qu’il devienne une partie intégrante de la pièce. En même temps, il y a un côté où l’espace est plus sombre, où le spectateur peut établir une relation différente avec l’oeuvre, la voir d’un autre point de vue. De là, la perspective est plus synthétique, condensée, immatérielle et illusoire.

Anna Hiddleston + Sinziana Ravini :  Dans l’Espace 315, la manière que vous avez de laisser le spectateur reconstruire l’image dispersée de l’oeil, le place dans la position privilégiée de pouvoir créer l’ordre à partir du désordre. Êtes-vous intéressé par la théorie du chaos ou penchez-vous plutôt pour la tradition humaniste de la perspective centrée ?

Damián Ortega : Lorsque j’ai réalisé la vision éclatée de la Coccinelle Volkswagen, Cosmic Thing, 2002, j’ai été surpris par le vide généré en son centre. L’absence de conducteur par exemple, est palpable dans le siège avant. Controller of the Universe fait aussi partie d’une «explosion ». Le centre de cette oeuvre est le point de vue du spectateur, vers lequel tous les outils suspendus convergent. C’est vrai aussi dans le projet pour l’Espace 315. C’est aussi une oeuvre qui rappelle le point de vue humaniste, qui illustre un regard incapable de saisir la perspective absolue des choses. Le résultat est partiel et éclipsé : c’est un piège visuel.


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